– Bonjour Nicolas.
– Bonjour à vous.
– Je souhaite m’inscrire à votre atelier, mais je ne sais pas en quoi cela consiste réellement parce que l’intitulé de votre annonce est un peu vague.
– Il consiste à texturer de la lettre paragraphiesque et à sélectionner de la ponctuation comme un turfiste sur un champ de courses.
– Je ne comprends pas. Qu’est-ce de la texture paragraphiesque ? Et quel est le rapport entre la ponctuation et le turf ?
– Savez-vous écrire ?
– Oui, comme tout le monde.
– Connaissez-vous tout le monde ?
– Non, mais j’ai quelques amis qui savent écrire. Et puis je n’ai pas la prétention de connaître le monde entier.
– Mais vous savez déjà que tout le monde sait écrire.
– Disons que c’est une formule générale. Je voulais simplement dire que ce n’était pas difficile.
– Vous avez affirmé que vous savez écrire comme tout le monde. Cela implique que la totalité des humains sait écrire et que chacun scripte de manière identique.
– Ce n’est pas ce que je voulais dire. Disons que j’ai généralisé pour expliquer que je savais écrire, mais vous n’avez pas répondu à ma question…
– Vous avez raison, mais vous connaissez déjà la réponse, car vous venez de m’expliquer que vous savez écrire.
– Je crois que j’ai compris le sens de votre expression, mais en revanche, je ne comprends pas le rapport entre la ponctuation et le turf.
– Le rapport.
– Je vous demande pardon ?
– Le point commun entre les deux, c’est le rapport.
– J’avoue que je ne vous suis pas du tout.
– Pour un turfiste, le plus important avant de parier, c’est de connaître le rapport afin d’évaluer le gain potentiel d’une mise. Un rapport élevé signifie une forte récompense, mais également une faible probabilité de gain.
– Et pour la ponctuation ?
– En fonction de votre choix, votre phrase aura un sens complètement différent et le résultat le sera tout autant. Pour être compréhensible immédiatement, il faut donc choisir la meilleure ponctuation possible. À défaut, le sens de votre phrase sera perdu par votre interlocuteur.
– Je crois que j’ai compris, mais il reste encore un détail à éclaircir. Si je maîtrise l’écriture et la ponctuation, que vais-je apprendre de plus au cours de votre atelier ?
– L’art d’écrire.
– Très bien, mais quel genre ? C’est vague comme expression. Si écrire est un art, je le pratique déjà et je n’ai donc pas besoin de l’apprendre. Et dans ce cas, votre cours ne m’apprendra rien.
– Il ne vous reste donc qu’à écrire et à envoyer votre tapuscrit aux maisons d’édition. Je suis certain que votre premier ouvrage sera un bestseller, car vous maîtrisez cet art.
– Si j’étais capable d’une telle prouesse, je ne serais pas en train de vous questionner pour une inscription. Je souhaite apprendre et votre atelier d’écriture m’intéresse pour cela.
– Souhaitez-vous apprendre à écrire ou à maîtriser cet art ?
– Je maîtrise l’écriture et la ponctuation. Il me reste donc à maîtriser l’art. Pensez-vous que vous pouvez m’apprendre cela ?
– Non. Je ne peux pas vous apprendre à le maîtriser, mais je peux vous apprendre autre chose.
– C’est pourtant tout ce qu’il me manque, car je sais écrire et ponctuer à merveille.
– Je pense deviner en vous une personne exigeante et déterminée. Je peux vous apprendre l’art d’écrire, mais pour le reste, vous allez devoir vous débrouiller. Ce sera comme un devoir d’Éole. Vous aurez des explications orales et vous devrez les mettre en pratique. Ce sera difficile, vous aurez l’impression de ne rien apprendre, et pourtant, vous progresserez. Sauf si vous êtes convaincue du contraire.
– Un devoir d’Éole. Je m’en doutais. Tout ceci n’est que du vent ! Je pense que vous me faites perdre mon temps et que vous êtes un charlatan !
– Le vent ne se maîtrise pas, mais il est possible d’apprendre à le canaliser pour progresser dans une direction inconnue, car c’est là que réside l’aventure.
– Vers l’inconnu ?
– En effet, vous progresserez vers l’inconnu et de mon côté, je progresserai vers l’inconnue.
– À ce rythme, nous allons mutuellement perdre notre temps et je veux uniquement que vous m’appreniez ce qui me manque, car comme je vous l’ai déjà précisé, je maîtrise l’écriture et la ponctuation.
– Soit. Qu’il en soit ainsi. Je vais donc vous faire passer un test d’admission. Rien que de très banal pour votre aisance littéraire, car vous semblez la posséder. Vous allez donc rédiger un dialogue entre deux personnages d’un âge indéterminé et qui se rencontrent pour la première fois. Le sujet de leur conversation sera une lettre à une inconnue….
– Vous me prenez un peu au dépourvu, mais je peux essayer de rédiger quelques lignes pour vous faire plaisir.
– Je suis impatient de vous lire, car je ne connais toujours pas votre prénom, et vous m’êtes donc…
– Inconnue ?
– Précisément…
– Et maintenant, que se passe-t-il ?
– …



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