– Alors Nicolas, c’est quand qu’on va où ?
– Bientôt. Plus tard. Ailleurs.
– Et on partira seuls ? Tous les deux ?
– Tous les deux. En solitaire.
– Et si jamais on change…
– De quoi ?
– D’avis…
– Alors on changera de vie.
– Ensemble ?
– Peut-être.
– Mais si on change de vie, ça veut dire qu’on ressuscitera.
– Oui… et non.
– J’ai pas envie.
– De ressusciter ?
– De changer de vie.
– Alors on gardera celle-ci. Pour toujours.
– Tu promets.
– C’est promis.
– Croix de bois, croix de fer, si tu mens, tu vas…
– Avec les autres.
– Et pourquoi pas en enfer ?
– Parce que l’enfer, c’est les autres.
– J’ai peur de bientôt. Plus tard et ailleurs.
– Moi, j’ai peur de…
– L’enfer ?
– Non, des autres.
– Alors tu dois tenir ta promesse.
– Je te promets qu’on ne changera pas. Qu’on partira tous les deux. En solitaire. Tous les deux. Ailleurs, mais pas plus tard que bientôt.
– J’ai hâte, mais j’ai toujours peur.
– Encore ?
– J’ai peur de, « c’est quand qu’on va où ». Parce que bientôt, c’est plus tard. Et que plus tard, on pourrait changer d’avis et de vie.
– Mais j’ai promis.
– Je veux partir tout de suite !
– Maintenant ?
– Non. Pas maintenant, mais tout de suite !
– D’accord. Prépare tes affaires, on s’en va !
– C’est quand qu’on va où ?
– Dès que nous aurons terminé de préparer nos affaires, nous partirons.
– Alors on part plus tard ? Bientôt ?
– Oui.
– Pas maintenant ?
– Pas tout de suite.
– Tu as changé sans moi.
– Que dis-tu ? Je suis toujours moi-même…
– Tu avais promis qu’on ne changerait pas de vie et tu as changé d’avis.
– Seulement pour quelques minutes. Le temps de préparer nos affaires.
– Tu avais promis…
– Pardonne-moi…
– Je suis triste. Parce que tu n’es plus là. Parce que je suis seule.
– Je suis là. Devant toi. Nous partons maintenant !
– C’est trop tard, nous avons changé de vie.
– Mais nous sommes toujours ensemble…
– Je suis là, et toi, tu es dans mon passé, car tu as refusé de partir tout de suite.
– Je t’aime.
– Je t’aimais.
– Je te promets…
– C’est trop tard. Désormais, je suis…
– Une inconnue ?
– Précisément.
– Oui, aujourd’hui, je suis en retard, je te concède cela. Mais je ne veux pas faire l’erreur d’être amoureux d’une personne qui te ressemblerait et qui ne serait pas toi. Je ne veux pas prendre le risque de trébucher maladroitement devant n’importe quelle inconnue, de me relever et de croiser un regard troublant et d’imaginer que ce serait toi, alors que tu serais seulement en train de trouver une première enveloppe rouge, ailleurs, là où j’espérais que tu la découvre.
– C’est quand qu’on va où ?
– Dès que je t’aurai retrouvé…
– Et maintenant, que se passe-t-il ?
– …



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