– Bonjour monsieur.

– Madame.

– Pardonnez ma curiosité, mais je vous observe depuis plusieurs minutes en train de déambuler sur la place des Arts et vous semblez chercher quelque chose ou quelqu’un. Avez-vous besoin d’aide ?

– Je vous pardonne.

– Excusez-moi ?

– Je vous pardonne votre curiosité.

– Merci… Puis-je vous aider, car vous semblez en avoir besoin ?

– Ce serait avec plaisir, et vous me seriez d’un grand secours.

– Ce n’est rien, il est naturel d’aider son prochain, ne pensez-vous pas ?

– Aide toi et le ciel t’aidera.

– Amen.

– Mettons nous en recherche chacun de notre côté, nous aurons plus de chance de trouver.

– Excellente idée. Mais dites-moi. Que cherchons nous exactement ?

– Vous le saurez lorsque vous l’aurez trouvé et je le saurai moi-même lorsque je l’aurai trouvée.

– Je ne comprends pas. Vous ne savez pas ce que vous avez perdu ?

– Je n’ai jamais prétendu l’avoir perdue. Mais je suis pour le moment incapable de trouver ce que je cherche.

– Je ne comprends pas. 

– C’est normal.

– Qu’est-ce-qui est normal ?

– Votre incompréhension.

– Je crois que je vais vous laisser à votre recherche, car je ne suis pas certaine de pouvoir vous aider.

– C’est pourtant ce que vous venez de faire. Vous m’avez beaucoup aidé.

– Comment aurai-je pu vous aider, alors que je n’ai rien cherché.

– C’est pourtant simple madame. Laissez-moi vous expliquer. Alors que je cherche, vous ne cherchez pas. Ainsi nous ne pouvons pas nous rencontrer, car si nous nous étions mis en recherche ensemble, il nous aurait été possible de nous trouver.

– Mais si nous sommes ici, vous et moi, nous n’avons pas besoin de nous chercher, car nous nous sommes en quelque sorte déjà trouvés.

– Dans ce cas, il s’agit d’un paradoxe temporel que je n’avais pas envisagé, car pendant que je vous cherchais, vous m’avez trouvé sans me chercher et alors que je pensais que nous ne nous étions pas rencontrés, voilà que vous venez d’apparaître devant moi en cet instant.

– Monsieur, vous tenez un discours incompréhensible. Je vous observe depuis près de 30 minutes à chercher je ne sais quoi ou je ne sais qui, vous êtes passé devant moi à plusieurs reprises, m’avez saluée et voilà maintenant que vous affirmez que je viens d’apparaître devant vous en cet instant.

– Madame, je vous présente mes excuses. Je vais vous expliquer en détail la situation dans laquelle je me trouve afin de dissiper votre trouble et si je ne parviens pas à vous convaincre, je quitterai cette place sur le champ.

– Je vous écoute.

– Je suis venu sur cette place des Arts, car j’étais persuadé que si je prenais le temps de chercher consciencieusement et avec méthode, je finirai par vous trouver ici-même. Mais il y avait un détail que je n’avais pas envisagé. Que ce serait vous qui me trouveriez alors que vous ne m’avez pas cherché et que vous avez également refusé de m’aider à vous trouver après avoir tout d’abord accepté de me venir en aide. Et voilà que vous m’annoncez que « nous nous sommes en quelque sorte déjà trouvés. » Voilà qui ne peut que me troubler, car jamais au cours de mes nombreuses années de recherche, je n’avais envisagé un paradoxe temporel qui vous ferait apparaître devant moi alors que nous étions prêts à partir à votre recherche ensemble.

– Monsieur, comment pouvez me chercher depuis tant d’années alors que nous venons tout juste de nous rencontrer. Et n’allez surtout pas croire que je vais vous croire sur parole. Je veux une preuve de ce que vous affirmez !

– Madame, je ne sais pas qui vous êtes, mais vous l’êtes, j’en suis certain et je peux également vous annoncer que je le prouverai au terme de notre conversation. Il est des évidences qui ne peuvent être niées, des rencontres qui ne sont pas le fruit du hasard.

– Je vous laisse une dernière chance de vous expliquer. Ne la gâchez pas, car j’ai perdu assez de temps en bavardage… J’ai également à faire de mon côté.

– Je me présente. Je me prénomme Nicolas et depuis le 13 août 2024, je me suis mis à votre recherche. Je vous ai écrit plusieurs dizaines de lettres qui ne vous sont jamais parvenues, je vous ai proposé de multiples rendez-vous durant lesquels, je vous ai attendu sans succès et en ce jour, je me suis persuadé que je vous trouverai ici, sur cette place des Arts. Pas un jour ne s’est écoulé sans que je refuse de renoncer. Ces lettres coquelicots que je vous ai adressé sans relâche portaient chacune sur l’enveloppe ce que vous êtes pour moi. Et lorsque notre conversation va se clore dans quelques instants, vous en serez également convaincu. J’avais adressé ces lettres à une personne unique, et qui ne pouvait être vous et dont vous-même ne mettrez en doute ma conviction.

– Je m’impatiente !

– Toutes ces lettres portaient une mention unique. Lettre à une Inconnue

– C’est tout ? Mais voyons, c’est ridicule. Comment espériez-vous que je puisse recevoir vos lettres si vous avez seulement noté cette unique mention « Lettre à une inconnue ». Et puis-je savoir à quelle adresse vous avez envoyé vos enveloppes coquelicots ?

– Je les avais éparpillées çà et là et encore ailleurs, car je ne savais pas où vous trouver, mais si vous n’en avez trouvé aucune, j’ai peut-être perdu mon temps à écrire des lettres et à les semer ainsi au gré de mes aspirations.

– Je ne sais pas. Peut-être. Et comment savoir si je suis effectivement cette personne à laquelle, elles étaient adressées. Que disaient-elles ? quel était leur contenu ?

– Il y a avait de l’espoir, des rêves, de la passion, des projets, des extraits de livres, de la musique, de la nostalgie, et il y a avait cet instant avec vous.

– Savez-vous qui je suis ? Ce que je suis ? Connaissez-vous mes rêves ? Mes passions, mes projets, et tout le reste ?

– Non, je ne sais rien de vous et c’est précisément pour cette raison que je vous ai écrits ces lettres.

– Vous avez raison. Je suis…

– Une Inconnue…

– Et maintenant, que se passe-t-il ?

– …