— Je m’impatiente.

— Je te frôle tous les jours.

— Je ne le sais que trop bien.

— Je pense à toi tous les jours.

— Je crains que tu ne renonces.

— J’ai peur que tu te lasses d’attendre.

— Parce que tu es pressé et toujours en retard.

— Je progresse, je franchis des obstacles, j’avance.

— Lui également et plus rapidement que toi.

— Il est mon allié, mon ennemi et un obstacle.

— Il m’accompagne durant chaque jour de ton absence.

— …

— Il m’étiole, mais je résiste encore.

— Je le traverse, je le combat, toujours.

— Pour moi ?

— Pour nous !

— Il m’affaiblit.

— Il est partout.

— Il me lasse.

— Me hâter pour te trouver alors que tu es forcément ailleurs, ce serait d’une folie.

— Je ne t’entends pas.

— Me hâter alors que je suis fou, ce serait d’un raisonnable…

— Je ne te vois pas.

— Dans les deux cas, une folie raisonnable, une erreur malhabile.

— Tu hésites encore.

— Je crains de m’égarer.

— C’est d’un raisonnable.

— Partir, c’est mourir un peu.

— Attendre, c’est partir avec lui.

— Tuer le temps est impossible.

— Ce que tu n’oses pas aujourd’hui, tu le regretteras demain.

— Oserais-je être fou ?

— La folie est le sublime de l’intelligence.

— La raisonnabilité est le sublime de la normalité.

— Hâte-toi !

— Partir t’attendre au hasard, quelque part, n’importe où ?

— Si tu abandonnes au hasard les belles rencontres de ta vie…

— Mes pas me mèneront toujours ailleurs.

— …

— J’ai peur de trébucher. Maladroitement.

— De te relever. De croiser un regard troublant.

— D’imaginer que ce serait toi.

— Alors que je serai seulement ailleurs.

— En train d’attendre.

— Et de partir en même temps.

— Un papillon est une chrysalide en devenir.

— Un butterfly chaos est un bouleversement du monde qui s’exprime.

— Aimer… C’est terrible d’aimer.

— C’est prendre le risque de le perdre, de le voir s’évanouir sans pouvoir le retenir.

— Ce ne sont pas les lieux que l’on quitte qui donnent à l’exil sa gravité.

— Ce sont les gens qu’on laisse derrière nous et qui nous font éprouver un sentiment d’absence et de vide.

— Je me hâte !

— Memento mori.

— Oui, aujourd’hui, je suis en retard, je te concède cela.

— L’amour ne meurt jamais de mort naturelle.

— Il meurt parce que nous ne savons pas comment revenir au fondement de cet amour.

— Il meurt de la cécité, des erreurs et des trahisons.

— Il meurt de maladie et de blessures.

— Il meurt d’ennui et de flétrissement. 

— Prends garde à ne pas te perdre dans mon avenir.

— Veille à ne pas te perdre dans ton passé.

— Je ne veux pas faire l’erreur d’être amoureux d’une personne qui te ressemblerait et qui ne serait pas toi. Je ne veux pas prendre le risque de trébucher maladroitement devant n’importe quelle inconnue, de me relever et de croiser un regard troublant et d’imaginer que ce serait toi.

— Le temps me blesse…

— Et maintenant, que se passe-t-il ?

— …