Dimanche 22 mars 2026

Il est parfois surprenant comme un livre peut avoir un impact significatif sur le destin des lettres que je rédige depuis presque 2 ans. Comment la résonance qu’il entraîne peut apporter des vibrations telles que je m’en retrouve désormais en voyage sur l’océan de la vie avec une rédaction des missives sur une nouvelle trame.

ANIMA n’est pas née du hasard de l’existence, mais d’un choix. Celui du renoncement à une vie qui m’était offerte et que j’aurais pu accepter par facilité. Il est des illusions qui parfois se fracturent au contact de la réalité. Avec ANIMA, il n’est plus d’illusions possible, car j’explore en même temps, le passé, le présent et l’avenir et je construis un nouvel édifice que je n’avais pas envisagé jusque là.

Au sein de chacun des dialogues d’ANIMA, il ne se trouve pas seulement une Inconnue, mais une clé de compréhension. Afin que tu puisses progresser rapidement, il te faut chercher anima avec Carl Gustav Jung. Tu posséderas ainsi tous les matériaux nécessaires à l’assemblage de cette indispensable clé. Cette Inconnue est l’anima. Tu es cette Inconnue. Le plus difficile est de provoquer cette rencontre. Cela peut prendre encore plusieurs mois, plusieurs années, sinon plusieurs vies. Il convient seulement de ne pas renoncer pour s’accorder une vie paisible et facile avec une compagne qui ne serait pas elle. Ce qui pourrait sembler une insupportable quête tant l’incertitude de la réussite est présente pour le commun des mortels, c’est pour moi une évidence de ne pas être dans la précipitation.

C’est parce que je suis un homme de foi que m’importe si peu de chercher indéfiniment l’inaccessible. Le renoncement pour l’acceptation d’un quotidien banal, paisible et facile serait une trahison envers ma nature. Qu’importe le temps… Il suffit de le déformer, de le plier, de le laisser s’écouler, de ne pas en tenir compte. Il est par nature immuable, aussi, je m’accorde pour ne pas être son esclave. Je l’utilise à ma guise tout en sachant que je n’en saisis que la surface. Tout comme l’air, il est présent, saisissable, mais tout autant le contraire. C’est un paradoxe à l’état pur. Tout et son contraire à la fois. Il est identique à lui-même et son opposé. Lorsque l’on s’accorde avec lui, on le traverse tout autant qu’il fait de même avec nous.

L’Inconnue, Minerve et l’anima sont tout autant un symbole qu’une personne physique. Elles ne sont qu’une seule personne. Elles sont toi. Au travers des lettres destinées à une Inconnue, se trouvent des indices nombreux afin que Minerve soit personnifiée. Avec les dialogues d’anima, je m’adresse directement à toi. Je t’offre des simultanéités d’expériences vécues et à vivre plus tard. Des essais qui s’accorderont sur ta personnalité qui se rapprochera le plus de l’un de ses dialogues. Quelques minutes de lecture à peine afin que tu puisses instinctivement deviner si une résonance se produit. Pour ma part, cela me permet de te chercher dans des directions multiples tout en conservant ma route. Lorsqu’un rayon de soleil frappe une carte perforée de multiples orifices, il se divise en de multiples raies de lumière tous aussi puissants que l’original.
Être un ecclésiaste n’est pas uniquement un titre religieux, c’est un choix symbolique qui implique une foi inaltérable en une finalité au-delà de laquelle, il n’est plus rien. L’humain moyen ne cherche que la fuite de sa solitude quotidienne et ne considère fréquemment l’autre que comme un réceptacle à ses besoins immédiats, et infiniment rarement liés à l’intellect. Je refuse cette humanité, cette banalité, cette faiblesse.

Bien que la vie n’ait aucun sens par nature, sinon de se perpétuer, il ne tient qu’à chacun de tisser une trame harmonieuse afin que le résultat puisse contenir des motifs qui le seront tout autant…
Qu’importe que le fil soit de mauvaise qualité, les couleurs passées, si le tisserand s’applique à l’ouvrage, il en obtiendra un résultat. Et qu’importe qu’il n’est personne pour s’attarder sur ce travail ou son auteur, car ce qui importe, c’est de tisser sans relâche pour obtenir le meilleur résultat possible. Le principe compte davantage que la finalité.
Qu’importe le nombre d’années, d’échecs et de recommencement. La persévérance n’amène pas toujours à la réussite, mais elle forge l’esprit et c’est précisément cette obstination qui mène à une inébranlable foi. Si l’Inconnue, anima et toi, n’êtes qu’une seule personne en évolution permanente et parce que je suis également en perpétuelle évolution, cette quête peut sembler illusoire et uniquement intellectuelle. Mais cela impliquerait également de reconnaître qu’il conviendrait alors de se satisfaire d’une humanité d’une valeur commune et standardisée.

N’ayant pas le goût du plus grand nombre, il m’est impossible de me contenter d’un ersatz ou d’une solution de remplacement. Il en est tant qui aspirent à rencontrer une personne dans l’unique but de ne pas être seul que c’en est effrayant. La solitude en couple est la pire des solitudes et je la refuse, car je n’en souffre jamais seul. Une relation de couple vide de sens et pleine de compromissions avec soi-même est une aliénation mentale. C’est un « Mieux vaut ça que rien. » Une formule que l’on pourrait plaquer sur l’immense majorité de l’humanité tant le pragmatisme de l’habitude est ancré depuis l’enfance avec la peur d’être seul.
Je préfère le « rien », car je peux construire ma vie sans reprocher à quiconque de m’empêcher de la vivre.

Parfaite à mon regard et à mon âme.
Une image de perfection qui est présente dans une quête n’est qu’éphémère par nature, et c’est précisément de cette onde évolutive dont il faut se saisir. Cela implique une évolution constante pour soi-même en acceptant le risque d’être désaccordé en permanence avec celle que l’on recherche, mais parce que je suis un optimiste, je crois en la symbiose, ainsi je m’accorde la patience nécessaire et le temps de la réflexion évolutive tout en étant conscient de la possibilité de ne jamais te rencontrer. Qu’importe, j’assume mes choix…
Au terme de mon existence, mon tapis persan sera à mon image et qu’importe si je n’ai réussi à mener la trame jusqu’à la réussite. Des motifs, des accrocs, des réparations, de belles réalisations, mais une unicité semblable à aucune autre. Ma vie n’aura eu aucun sens, mais je me serais efforcé la rendre harmonieuse autant que possible avec mes croyances et mes convictions.
N’est-ce pas là le sens d’une vie qui par nature n’en a aucun ?


Nouvelle lettre de ma tante Jeanne

12 janvier 1978
Être raisonnable, c’est quand même bien rassurant même si c’est très chiant à vivre.

Cher Neveu,
Si la plupart des humains se contentent de vivre des histoires plus ou moins amoureuses avec des personnes qu’ils rencontrent ça et là sans vraiment faire d’efforts et sans attentes particulières afin de ne pas être trop exigeants pour ne pas rester seuls, pour ma part, je suis exigeante dans mes rencontres et mes histoires d’amour ont toujours été passionnantes à vivre, et loin de moi l’idée d’envisager de changer de mode de vie.
Pourquoi diable me lancerai-je dans une relation si je ne suis pas transporté dans un autre univers à chaque regard !
Je suis une absolutiste, et c’est ainsi !
Je suis de celles et ceux qui entretiennent leur folie cérébrale et qui la développent perpétuellement. Parfois sur pellicule, sur du papier avec un crayon ou sur les murs de la ville ou de n’importe quelle façon juste pour rassurer toutes celles et ceux qui ont choisi la normalité quotidienne, qu’être raisonnable c’est quand même bien rassurant même si c’est très chiant à vivre. Ces mêmes gens raisonnables qui, jamais ne supportent la solitude et toujours prêts, pour la rompre à tout prix, à s’acoquiner avec n’importe quel autre humain, fut-ce pour une relation ennuyeuse à tous égards, superficielle ou toxique. Peu importe la grisaille d’un quotidien dépourvu de toute couleur, de p’tits bonheurs composant un idéal.
Et pour bon nombre d’entre eux, ils ne se réveilleront non pas au bord de la falaise, mais au cours de l’inévitable chute en direction des p’tits galets tout doux et tout mignons qui servent habituellement à faire des ricochets sur l’eau. Ainsi, ils ne verront pas le gouffre insondable de leur participation au devenir de l’humanité, mais seulement la possibilité de ricocher une dernière fois sur ces p’tits cailloux tout doux et tout mignons.
Moi raisonnable ? Jamais ! Que Dieu m’en garde s’il existe ! Plutôt crever immédiatement de mort lente et précipitée dans un abysse sans fond, tapissé de la plus abominable normalité humaine !
La raisonnabilité, c’est la nourriture des gens malheureux de naissance qui passent leur vie à la chercher et qui veulent vivre le plus longtemps possible avec des couches pour adultes pleines de nourriture liquide digérée dans des maisons de retraite.
Toi aussi, Cher Neveu, tu feras un jour partie des seniors, et alors, tu auras à effectuer un choix entre ta liberté et chier dans des couches.
Ton indéfectible tante Jeanne

Une lettre ne devant plus se refermer sans le passage de mes livres lus au cours de la semaine.

Autour d’un temple
Jeanne COROT
Maison de la bonne presse
1938
Page 203
Alors toute songeuse, Marie-Cécile murmure doucement en montrant du doigt à son mari la toute petite « Seine » :
– Dieu veuille, ô mon bien-aimé, que notre vie soi pure, bienfaisante et féconde comme elle !
Savoisy, mai-septembre 1936
Lu et déposé dans une boite à livres le 09 mars 2026

Servitude humaine
Somerset MAUGHAM
Édition Le livre de poche
Dépôt légal n° 9220, 1er trimestre 1971
Page 697
 » Je ne veux pas te quitter ! Je ne veux pas te quitter. « 
Elle ne répondit rien. Impossible de savoir ce qu’elle pensait.
 » M’épouseras-tu Sally ? « 
Le visage de Sally ne refléta aucune émotion. Elle répondit sans le regarder :
 » Si tu veux.
– N’en as-tu pas envie ?
– Oh ! si. Ça me plairait d’avoir une maison à moi, et il est temps de songer à m’établir. « 
Il sourit. Il la connaissait assez maintenant pour ne pas s’étonner de cette réponse.
 » Mais n’as-tu pas envie de m’épouser, moi ? »
– Tu es le seul que j’épouserais.
– Alors, voilà l’affaire réglée.
– C’est papa et maman qui vont être surpris !
– Je suis si heureux.
– Si on allait déjeuner ?
– Chérie !
Il prit sa main et la pressa. Ils sortirent du musée. Pendant un moment, accoudés à la balustrade, ils contemplèrent Trafalgar Square. Des voitures et des omnibus sillonnaient la chaussée, des gens se hâtaient dans toutes les directions et le soleil brillait.
Lu et déposé dans une boite à livres le 14 mars 2026

N ou M ?
L’heure zéro

Agatha Christie 
Édition France Loisirs
Dépôt légal, juillet 2004

N ou M ?
Page 284
Regarde-les tous les deux… À se tenir la main !… Ils sont touchant, non ?… Il faut que nous fassions l’impossible pour qu’ils ne mènent pas une vie trop terne pendant cette guerre…

L’heure zéro
Page 568
La dernière fois que je vous ai serré dans mes bras, vous étiez comme un petit oiseau… qui luttait pour s’échapper. Vous ne m’échapperez plus maintenant…
Elle le regarda dans les yeux.
— Je n’aurai plus jamais envie de m’échapper.
Lu et déposé dans une boite à livres le 17 mars 2026

Le complexe de César 
Jean Dutourd
Édition Robert Laffont
Dépôt légal, 2e trimestre 1946
Page 279
Je ne suis pas inquiet pour les grandes âmes, on leur paye toujours, un jour ou l’autre, ce qu’on leur doit de gloire. Tant pis si elles ont rencontré beaucoup d’obstacles !… Tant pis pour l’humanité ! Tant pis pour Dieu qui créé les imbéciles à son image ! Il est impossible à une âme un peu noble de ne rien rabattre de ses ambitions.

N. B — il se peut que le lecteur ait relevé quelques contradictions et quelques redites dans cet ouvrage. Qu’il se rassure. Les premières ne sont qu’apparentes. Quant aux secondes, je les crois nécessaires.
Lu et déposé dans une boite à livres le 21 mars 2026

Une lettre ne devant plus se refermer sans une citation personnelle qui vaut parfois mille mots.

Minerve est une divinité Romaine.
Son incarnation est humaine.
Minerve est humaine.