Dimanche 18 janvier 2026
Le 29 juin 2025, je te proposais, après une courte introduction, de répondre à quelques questions. Des interrogations auxquelles je n’avais moi-même pas répondu, car j’avais poursuivi mon chemin scriptural en te laissant face à ton miroir. Sept mois durant lesquels je n’ai jamais pris le temps de revenir dessus et dont je me libère aujourd’hui, comme d’un fardeau que je n’aurai plus à porter.
Ainsi, cette lettre dominicale sera exclusivement destinée à répondre à ces questions…
Inspiration, ACTION !
Six questions dont les réponses ne peuvent être que directes, parce qu’elles résident déjà en chacun de nous. Elles ne deviennent toutefois accessibles qu’à la condition d’en accepter les résultats, même lorsqu’ils se présentent sous la forme d’obscurantisme, de dogme, d’intransigeance, de peurs ou de normativité.
Il ne s’agit pas de se déconstruire pour se recomposer une nouvelle personnalité, mais d’accepter celle que l’on possède déjà. Il s’agit également d’acquérir de nouvelles connaissances, même si elles contredisent nos croyances et sont tatouées dans chacune de nos cellules, dans le but de devenir une meilleure version de soi-même tout en ayant pleinement conscience que le reste de notre vie ne suffira jamais à achever cette quête.
La connaissance de soi est une montagne dont le sommet nous restera à jamais inatteignable, alors que l’ignorance se trouve toujours précisément à l’endroit où nous sommes, à l’instant même de cette réflexion.
Deux choix s’opposent : rester là où nous sommes et observer ce sommet que nous n’atteindrons jamais afin de nous établir confortablement dans l’espace de certitudes que nous occupons, soit entreprendre l’ascension, sachant qu’il est illusoire de croire que l’on atteindra le sommet puisque l’échec sera toujours au rendez-vous.
La connaissance de soi est une condamnation éternelle : elle ne peut être atteinte, mais reste indispensable pour progresser sur l’échelle de cette connaissance et de celle de l’humanité, car il ne suffit pas d’être humain pour s’en revendiquer comme d’un droit inaliénable.
Sisyphe incarne cette condition : condamné à pousser éternellement un rocher vers un sommet qui retombe sans cesse, il échoue perpétuellement dans la tâche qui lui incombe, sans pour autant renoncer.
1. Quelles sont mes valeurs et lesquelles sont plus importantes dans ma conception de la beauté de la nature humaine ?
Je ne pense pas que des valeurs humaines devraient être hiérarchisées, aussi l’ordre dans lequel je les explicite ne reflète pas des priorisations en ce qu’elles sont égales.
Le respect de l’autre dans sa différence quelles que soient ses opinions, ses convictions et son mode de vie dès lors que cet autre m’accorde un respect de même nature en tout point, sans que cela implique d’être en échange ou en relation. La culturalité et la cultualité ne sont pas uniformes d’un endroit à l’autre sur la planète et c’est toujours l’intolérance et le rejet des uns qui provoquent une réponse opposée.
La bienveillance dans l’acceptation et la considération de l’autre en tant qu’entité indépendante, douée d’intelligence, de compréhension, de capacité d’apprentissage et de progression.
Elle n’implique pas d’être dans l’absence de réaction en face d’une hostilité manifeste ou d’une absence de respect. C’est une position de fermeté et d’ancrage dans la réalité d’une société en évolution permanente.
La cordialité en ce qu’elle se fonde originellement sur une absence de préjugé et qu’elle pose les bases d’un échange respectueux des valeurs de chacun des protagonistes. Elle comprend dans son sens profond les formules d’usage d’accueil, de réception non comme de simples conventions d’usage, mais comme des marqueurs symboliques de reconnaissance mutuelle et d’ouverture à l’altérité.
L’attention en termes de prévenance et d’actions désintéressées qui permettent à chacun de vivre en société favorisant une réciprocité naturelle et instinctive tout en rendant possible une coexistence fondée sur le souci de l’autre. Elle permet également un relâchement postural, psychique, et favorise l’émergence d’une communauté d’idées, l’entraide et le partage des savoirs.
L’humanisme avec la reconnaissance de la dignité intrinsèque de tout être humain, indépendamment de son état de santé physique, mentale, de son utilité, de son statut ou de son appartenance ethnique et/ou religieuse, et la volonté de le préserver dans ce qui le constitue.
L’humilité dans la lucidité qui est la mienne, mes propres limites de connaissance et toute l’étendue de mon ignorance, qui me permettent par l’apprentissage de l’autre, le renouvellement d’un dialogue constant et l’absence de domination intellectuelle ou morale sur autrui.
La responsabilité qui constitue l’acceptation des conséquences de mes actes, de mes absences, de mes paroles, de mes silences, de mes engagements, de mes abstentions vis-à-vis de moi-même, de l’autre, du pays dans lequel je vis, de la société humaine dont je fais partie.
La retenue par la maîtrise de mes pulsions, de mes excès de paroles, de jugements moraux et de valeurs sans pour autant taire mes convictions tout en dénonçant la verbosité des propos d’autrui. Elle est le propre de l’humain et permet la vie en société sans avoir à craindre pour son intégrité. À l’excès, elle se retourne contre sa propre finalité en engendrant la passivité face au danger.
La fidélité à mes valeurs, à mes principes moraux qui s’interconnectent avec une coexistence pacifique avec mes contemporains dans une communauté d’idées basée sur une reconnaissance proxémique des individus qui partagent des repères culturels similaires.
Le courage qui consiste à affronter toutes les épreuves de la vie, assumer mes choix, leurs conséquences, reconnaître mes forces autant que mes faiblesses, mes réussites autant que mes échecs. C’est également le soutien et la protection de ceux qui en ont besoin, le refus du silence assourdissant, du regard détourné et de la parole que l’on ne prononce pas.
La gratitude pour ce que chacune des personnes qui ont traversé mon existence m’ont apporté en connaissances, en apprentissages, en interrogations, en réflexivité, en réflexions du fait de leurs particularismes, leur différence et leur patience. Qu’elles soient remerciées de m’avoir aidé et soutenu dans la progression intellectuelle et philosophique qui est la mienne.
L’honnêteté intellectuelle et morale en ce qu’elle me permet une paix cérébrale et physique, d’accepter mon ignorance absolue et mon savoir parcellaire en quelques domaines.
Celle qui me permet de m’accepter tel que je suis en tant qu’Homme et de pouvoir quotidiennement observer le monde avec lucidité.
La misanthropie assumée, car le discours actuel des sociétés modernes fondé sur l’inclusivité obligatoire est un échec magistral pour l’unique raison que la modernité est incompatible avec la grégarité et la proxémie d’individus qui ne partagent guère davantage qu’un espace commun réduit à une somme d’intérêts particuliers. Le genre humain est d’essence clanique, tribale, groupale : entité familiale, politique, professionnelle, culturelle, cultuelle… L’individu navigue naturellement d’une tribu à l’autre avec des portes, tandis que la société nous incite à construire des ponts. La misanthropie n’est pas une haine du genre humain, mais un regard lucide sur une société qui s’est construite sur le pharisaïsme : celui des gourous qui prêchent l’inclusion sans vivre la cohérence de leurs conseils.
Si tu as perçu des contradictions dans cette première réponse, c’est parce que l’être humain est fondamentalement multiple. La contradiction est inhérente à notre nature, et c’est précisément ce qui rend la quête de cohérence si difficile.
Il convient également de distinguer le jugement de valeur de l’opinion et c’est cette dernière qu’il faut exprimer, avec honnêteté et lucidité, sans prétendre à une vérité universelle, afin de ne pas se laisser absorber par une idéologie dominante.
Une opinion peut être directe, incisive, tranchante, sarcastique, ironique, foudroyante… Elle est personnelle.
Un jugement de valeur émet une évaluation : il approuve ou condamne, en imposant implicitement un standard de ce qui devrait être.
2. Suis-je en capacité de me connaître intrinsèquement ou seulement d’appréhender le monde extérieur avec ces valeurs qui sont les miennes en ce provisoire instant de ma vie ?
La connaissance de soi est exigeante et sa mise en œuvre ne relève pas du seul désir et d’un acte volontaire, car il convient d’analyser mes valeurs et de les comparer aux actes quotidiens qui sont les miens, aux paroles que je prononce et aux idées que je n’exprime pas.
La connaissance de soi est une montagne dont le sommet nous restera à jamais inatteignable, tandis que l’ignorance se trouvera toujours précisément à l’endroit où nous serons, à l’instant même de cette réflexion. Cet exercice intime implique de se dévêtir de ses préjugés, ses peurs et ses certitudes afin de les examiner à la lumière d’une vérité qui, toujours, révèle nos fragilités.
Un corps humain fragile par essence se développe dans les premières années de la vie pour se dégrader inéluctablement quels que soient les soins qu’on lui apporte. Le cycle de la vie humaine est à l’échelle de l’univers, un battement de paupières et à celle de la naissance de l’humanité, tout au plus, l’équivalent d’une respiration humaine. Naissance, croissance, flétrissement, extinction.
Ce n’est jamais que lors du troisième quart de sa vie que l’on prend conscience que nous avons souvent négligé cette connaissance de soi et du temps qui s’est écoulé à mesure que nous sommes restés immobiles.
L’accumulation de savoir, de richesse intellectuelle et humaine devrait être une quête entreprise dès le plus jeune âge et se poursuivre tout au long de la vie, mais ainsi que l’adage l’exprime si parfaitement « La vie n’offre pas de continuité, mais seulement des ruptures. »
Si peu peuvent prétendre avoir gravi cette montagne, d’être parvenus plus près du sommet qu’ils n’auraient pu l’imaginer, tandis que tant d’autres ont esquissé quelques pas avant de s’établir dans de confortables certitudes.
L’exercice le plus difficile de la condition humaine est de s’accorder le temps d’abandonner des vérités acquises pour des doutes afin de se libérer de leur encombrement et de leur poids qui sclérosent notre capacité à penser le futur.
Se libérer également de ces compagnons d’infortune qui nous louangent afin de nous convaincre que le bonheur ne se situe jamais dans l’ascension, mais dans le confort de ceux qui nous adulent. On ne devient pas meilleur que la veille après avoir aidé un proche, porté secours, entrepris un acte désintéressé envers un inconnu ; tout au plus a-t-on fait preuve d’humanité. Devenir un peu meilleur que la veille, ce n’est pas davantage se convaincre que nous le sommes, mais d’accepter de commencer à se dévêtir, d’accepter que notre progression ne sera pas linéaire et d’être prêt à chuter pour recommencer. C’est une tâche harassante qui se prolonge toute la vie et il n’y a que ceux qui nous succèdent qui pourront en observer les accomplissements.
3. De quel emplacement en cet instant suis-je positionné sur ma montagne de certitudes lorsque j’observe le monde extérieur qui se trouve à ma portée ?
La position sociale d’un individu ne reflète que son ego à se percevoir par rapport à ses contemporains et à se définir avec une superficialité propre à ses fragilités qu’il dissimule sous un masque d’une confiance en soi et d’une faiblesse égale à celle que son ego affiche pour paraître à ses pairs.
S’interroger implique de prendre le temps d’observer le monde proxémique dans lequel nous évoluons quotidiennement en ce que notre ego est directement influencé par les personnes avec lesquelles nous interagissons directement tout en prenant en compte que cette influence est également posturale envers les individus que nous croisons dans les lieux publics sans interactions directes.
Il conviendrait pour être honnête avec soi-même d’accepter de n’être que des ignorants ne possédant qu’un savoir parcellaire dans un minimum de domaines et de ne se revendiquer que de celui-là en n’accordant à l’autre qu’une valeur identique et que cette formule l’explicite imparfaitement, mais de manière véridique.
Je sais que je ne sais rien de plus que ce que je crois savoir, en ce qu’il est lui-même une certitude dont je me revêts pour mieux dissimuler mon ignorance et afficher un savoir que je ne possède pas, mais qui me rehausse au regard de ceux qui avouent ne pas savoir et vivent dans l’incertitude que moi-même, je dissimule afin de n’être qu’un autre à défaut de n’être que moi-même en ce que ce dernier m’est insupportable à accepter de par mes croyances que j’ai érigées en dogme et me convaincre que je ne peux être qu’ignorant d’un savoir que je revendique comme une certitude.
Notre positionnement n’est jamais exclusivement lié à une position sociale, un quotient intellectuel, une identité culturelle, cultuelle, une origine ethnique, un environnement familial… Il est en mouvement permanent et c’est précisément ce qui complexifie la réponse.
4. Puis-je accepter de n’avoir raison sur aucune de mes croyances et de devenir un élève de l’incertitude ?
C’est là une question d’une extrême difficulté, car elle implique de se questionner au-delà de la simple apparence de nos croyances superficielles pour plonger en profondeur dans l’enracinement duquel nous avons émergé et baigné toute notre existence.
En cet instant, c’est à moi de répondre honnêtement à cette séquence interrogative.
Si je réponds que j’accepte de n’avoir raison sur aucune d’elles, je remets en question l’intégralité de mes choix depuis que j’ai l’âge de raison jusqu’à aujourd’hui et il conviendra alors d’accepter d’annihiler tous les choix que j’ai effectués avec la conviction qu’ils n’étaient bénéfiques, sinon salutaires pour progresser afin d’apprendre à devenir un peu meilleur que la veille.
Et devenir un élève de l’incertitude impliquerait d’abandonner mes habits actuels pour me revêtir d’un ascétisme permanent afin de m’interroger longuement et durablement sur mes valeurs afin de les examiner à la lueur du doute.
Si je refuse et que j’affirme avec force conviction d’être dans la certitude même partielle, je me prive du doute et je m’empêche littéralement toute progression actuelle et future. Je pratique l’hermétisme et ne deviens plus en capacité de raisonner sainement en me nourrissant du monde extérieur, tandis que je pratique l’autophagie en me dévorant de l’intérieur afin d’alimenter mes certitudes.
Dans les deux cas, je perds ma capacité de progression. Ainsi, je n’ai d’autre choix que d’accepter que je suis peut-être dans l’erreur de souhaiter répondre à cette interrogation par une réponse binaire.
Cette question est un piège rhétorique qui ne possède pas de réponse absolue. C’est le principe du piège abscons dans lequel on s’enferme volontairement.
Ma réponse, ainsi sera formulée.
J’accepte d’avoir vécu dans le doute de mes certitudes depuis que je suis entré dans l’âge de raison et d’être un élève de l’inconnaissance pour le reste de ma vie.
Je souhaite accepter de n’avoir raison sur aucune de mes croyances et de devenir un élève de l’incertitude sans que ce souhait ne m’enferme dans un choix irrévocable.
5. Qui suis-je au-delà de ces quelques réponses que j’apporte à mon reflet qui, lui, ne me renvoie pas de masque social ?
Un cynique de la vie avec un fil d’Ariane rouge vif lorsque l’emprunt de chemins tortueux me ramène fréquemment aux croisements précédents afin d’en emprunter un nouveau pour découvrir d’autres raisonnements afin que mes certitudes ne puissent jamais s’enraciner durablement.
Un écrivaillon sans talent qui persiste à noircir de la page blanche numérique du fait que là se trouve mon seul talent et parce que je ne veux pas regretter plus tard de m’être tu en raison de l’absence de talent.
Un homme qui ne peut se résoudre à ne pas devenir un peu meilleur chaque jour, même si c’est difficile et que j’échoue un peu tous les jours.
Un ignorant de la vie qui prétend avoir une vision réaliste de la société contemporaine qu’il critique vertement.
Un autiste refusant l’inclusivité proposée avec force par une société malade de sa normalité socialisante post-soviétique.
Je suis, je suis…
Je ne suis rien de plus que la somme de mes croyances, de mes certitudes, de mes doutes et de mon ignorance.
Un homme qui aspire à laisser un souvenir qui lui-même s’éteindra comme tant d’autres.
Je suis mon propre reflet dans ce douloureux miroir.
Une particule élémentaire.
Un élément primaire.
Un ego.
6. Quelle attitude adopter s’il n’y a pas de réponses sincères envisageables et que l’échec est positionné à toutes les sorties ?
L’humilité.
Je sais que je ne sais rien de plus que ce que je crois savoir, en ce qu’il est lui-même une certitude dont je me revêts pour mieux dissimuler mon ignorance et afficher un savoir que je ne possède pas, mais qui me rehausse au regard de ceux qui avouent ne pas savoir et vivent dans l’incertitude que moi-même, je dissimule afin de n’être qu’un autre à défaut de n’être que moi-même en ce que ce dernier m’est insupportable à accepter de par mes croyances que j’ai érigées en dogme et me convaincre que je ne peux être qu’ignorant d’un savoir que je revendique comme une certitude.
Conclusion
Je ne retire de cet exercice qu’une unique et douloureuse leçon, mais que j’aurai dès demain rangée dans le tiroir de mon bureau en raison du fait qu’une douleur persistante finit par engendrer un mal plus grand et que le principe même de la vie n’est pas compatible avec une douleur qui ne prendrait jamais fin. Cette dernière est toutefois nécessaire, voire indispensable à cette même vie en ce qu’elle la préserve de son opposé, mais à condition qu’elle ne surgisse pas en chaque instant.
Avoir passé plusieurs semaines avec cet article en construction n’était pas agréable, mais instructif. Ai-je été honnête dans mes réponses ? Je veux croire que oui, mais qui sait si je ne suis pas en train de me leurrer.
C’est maintenant à toi qu’il revient de te lancer dans cette expérience interrogative…
Une lettre ne devant plus se refermer sans le passage de mes livres lus au cours de la semaine.
Le temps des tribus
Le déclin de l’individualisme dans les sociétés postmodernes
Michel MAFFESOLI
Édition La Table Ronde
Dépôt légal : octobre 2000
Page 288
L’évaluation qui s’est progressivement imposée tout au long de la modernité était en parfaite congruence à son objet : l’ordre politique. Il n’est pas certain qu’elle puisse s’appliquer à ce grouillement qui, de tribus en masses, va servir de matrice à la socialité en devenir. Celle-ci en tout cas nous lance un nouveau défi intellectuel, au delà, en deçà de la morale politique : quelles vont êtres les structures socio-anthropologiques de l’ordre passionnel ?
Lu et déposé dans un tiroir de mon bureau le 06 janvier 2025
Le génie et la déesse
Aldous HUXLEY
Édition Le livre de poche
Dépôt légal : 1er trimestre 1969
Page 189
« Conduisez prudemment, dit-il en ouvrant la porte de la rue. C’est un pays chrétien et c’est l’anniversaire de la naissance du Sauveur. A peu près tous les gens que vous verrez seront soûls. »
Lu et déposé dans un tiroir de mon bureau le 12 janvier 2025
Les règles de la méthode sociologique
Emile DURKHEIM
Imprimerie des Presses Universitaires de France
Décembre 1993
Page 55
Tout phénomène sociologique, comme, du reste, tout phénomène biologique, est susceptible, tout en restant essentiellement lui-même, de revêtir des formes différentes suivant les cas. Or, parmi ces formes, il en est de deux sortes. Les unes sont générales dans toute l’étendue de l’espèce ; elles se retrouvent, sinon chez tous les individus, du moins chez la plupart d’entre eux et, si elles ne se répètent pas identiquement dans tous les cas où elles s’observent, mais varient d’un sujet à l’autre, ces variations sont comprises entre des limites très rapprochées. Il en est d’autres, au contraire, qui sont exceptionnelles : non seulement elles ne se rencontrent que chez la minorité, mais là même où elles se produisent, il arrive le plus souvent qu’elles ne durent pas toute la vie de l’individu.
Une lettre ne devant plus se refermer sans une citation personnelle qui vaut parfois mille mots.
L’idéalisme serait un rêve de jeunesse qu’il conviendrait d’abandonner pour entrer à l’âge d’homme, dit-on souvent aux juvéniles.
Discours de grisâtres cyniques qui ont abandonné leur utopie pour rejoindre la cohorte humaine de la norme du plus grand nombre.
Jamais, je ne serai de ceux qui ne rêvent qu’en dormant. Je rêve toutes les nuits, tous les jours, en chaque instant et sans jamais renoncer à en réaliser quelques-uns, puis davantage et d’autres encore.



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