— Je vous ai attendu. Longtemps.
— Je vous ai cherché. Longtemps.
— Enfin, vous êtes venu… Je n’espérais plus.
— J’ai accouru et je me suis égaré en chemin.
— Étiez-vous donc pressé de me rejoindre ?
— Sincèrement hâtif de vous retrouver.
— Assurément maladroit pour me trouver.
— Simplement hésitant à craindre un mauvais choix.
— La crainte ne sourit pas aux audacieux.
— De l’audace, je préfère la persévérance.
— D’elle, j’ai usé avec patience.
— De patience, je me suis également revêtu.
— Le désir n’est pas l’allié du destin.
— L’un et l’autre sont capricieux.
— Des amants maudits.
— Tout comme l’impatience et l’inévitable.
— Je me suis impatienté. Souvent j’ai renoncé à vous.
— Inévitablement, je devais ralentir mon arrivée.
— Vous n’avez pas l’air de tenir beaucoup à moi.
— Pourquoi tiendrais-je à vous ?
— Vous connaissez la réponse !
— Je ne pouvais me permettre d’être dans l’erreur.
— Errare humanum est.
— Perseverare diabolicum.
— Vous parlez beau et vous reposez tout cela sur l’étagère comme de belles porcelaines.
— Vous m’êtes davantage qu’anima.
— Que de mots…
— Ils vous ont trouvé.
— Vous m’avez atteinte… C’est vous qui m’avez trouvé !
— De ces lettres, j’ai usé. Ces formules, je les ai dispersées pour venir trébucher devant vous.
— N’en faites-vous rien d’autre que collectionner des idées bien assemblées.
— Ma foi, non…
— C’est dommage.
— Qu’attendez-vous d’elles ?
— Rien du tout. De vous, je n’attends désormais plus.
— Mais, je suis désormais présent.
— Précisément.
— Mais alors…
— Effectivement.
— Mais, les mots ?
— Inutiles à présent. Indispensables pour l’avenir.
— Et ceux du passé.
— N’y prêtez plus attention.
— Qu’en ferons-nous ?
— Nous aurons toujours besoin de fondations.
— Elles ne garantissent pas l’édifice.
— Non, mais elles expliquent sa chute.
— Et que bâtirons-nous sur ces fondations ?
— Des illusions perdues. Probablement.
— Voilà qui est de mauvais augure.
— Est-ce grave ?
— Les illusions se fanent, s’étiolent et ne résistent pas au temps.
— Elles se disperseront et nous retrouveront plus tard.
— Une faiblesse que nous pouvons éviter.
— Et moi ? Croyez-vous que je veuille m’échapper d’elle ?
— Non, madame.
— Pourquoi ?
— Parce que la faiblesse est humaine…
— Précisément.
— Parce que vous êtes restée ?
— Parce que vous êtes un homme de foi.
— Je suis un ecclésiaste ignorant.
— Mais, vous savez que j’existe. Que je suis votre ANIMA.
— Je ne possède qu’une connaissance mystique.
— Ainsi, vous savez qui je suis.
— Depuis toujours…
— Ignorez-vous que je le serai pour l’éternité ? Également lorsque nous serons réunis ?
— Qu’est-ce que la durée d’une vie humaine, lorsque la foi est inébranlable au regard du temps ? Ici-bas, elle est insignifiante.
— Vous devez me dévoiler désormais, car vous êtes arrivé.
— Vous êtes mon ANIMA.
— Bien davantage.
— Vous êtes…
— Une Inconnue ?
— Précisément.
— Et maintenant, que se passe-t-il ?
— …



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