Dimanche 04 janvier 2026

La semaine vient de s’écouler avec une régularité de métronome et le temps qui était le mien a été rythmé par un chaos que j’ai savamment entretenu avec une forte dose de procrastination, car il est en ce moment dans ma vie des projets qui se bousculent avec une réorganisation désorganisée d’une lenteur exaspérante qui s’agrippe continuellement à mes capacités décisionnelles.
Temps de lecture ralenti, réflexivité accrue, prospection et développement d’un réseau professionnel numérique, redéfinition des priorités. Autant de ralentissements, d’accélérations que de stagnations afin d’être partout en même temps pour finalement n’être nulle part.
La boussole n’indique pas une direction à suivre, mais plusieurs en même temps et il me revient de choisir celle qui m’évitera de revenir sur mes pas, au risque de me perdre durant plusieurs mois ou même davantage.

J’avais prévu pour ce Dominical Day une tout autre lettre, mais je n’ai pas été en mesure d’en apposer le point final. Elle est donc en chantier dans mon bloc-notes numérique avec d’autres missives en construction en complément de celles dont je n’ai que les titres. Syndrome de la page blanche ? Oui et non, car je passe toujours plus de temps au cours d’une journée de veille à écrire qu’à lire ou que dans la plupart de mes activités diurnes. Étant d’une permanente prolixité, je noircis continuellement de la page numérique, sauf ici. Pas cette semaine.
C’est toutefois bon signe, voire positif, car cela signifie que je suis de nouveau en phase de centripétisme autismologique. Un retour à la source avant un redéploiement dont je n’ai moi-même pas la moindre idée de son ampleur ni de sa direction. Actuellement une piste est envisagée avec un frémissement sans que cela implique pour autant un biais de confirmation et cela relève plutôt d’un amas de post-it cérébraux avec la mention « prioritaire » soulignée en rouge sur chacun d’eux.
La recherche d’une nouvelle Minerve ne souffre évidemment pas de cette formule post-itienne. Elle est hors concours, même s’il me faut redéfinir les moyens nécessaires pour la rencontrer, car il convient de changer de paradigme. Pour paraphraser Graham Greene :
Un homme amoureux traverse le monde comme un anarchiste porteur d’une bombe à retardement.
Je suis de nouveau en retard pour notre premier rendez-vous, mais avec la certitude que je parviendrai à être ponctuel lorsqu’il s’agira d’être présent à l’instant premier.
Rien ne sera plus comme avant et pour autant rien ne changera.

Le passé est révolu, il appartient à son espace-temps et il ne peut être rappelé pour bâtir l’avenir, toutefois, il est d’une valeur allégorique importante qu’il ne faut pas négliger en raison de l’intensité cérébrale qu’il produit perpétuellement. Il était autrefois un ancrage lumineux au milieu de l’océan et il est naturel de ne pas vouloir s’éloigner hors de sa portée afin d’en rechercher un nouveau qui lui serait similaire.
Dans la symbolique, le passé est comparable à une issue qui se retrouverait placée dans une pièce obscurément lumineuse. On la perçoit sans pouvoir l’atteindre du fait que l’obscurité est absolue et que l’on est incapable de savoir où elle se trouve, mais l’on ne s’en éloigne toutefois pas en raison qu’elle nous ancre dans le présent et nous rassure lorsque nous regardons un avenir trop vaste pour être appréhendé. Le passé est toujours perceptible dans le présent et nous rassure par son ancrage, mais nous sommes incapables de l’observer avec une froide lucidité, alors que l’avenir qui s’étend devant nous est une source croissante de souffrance du fait que nous ne pouvons avoir de certitude de ce qu’il contient, si tant est qu’il existe déjà et qu’il s’offre à nous déjà constitué en des éléments qui l’ont façonné avec un passé qui se réinvente dans les strates de l’avenir.
La seule certitude sur laquelle je peux m’appuyer en ce jour est que certaines de ces strates sont déjà en train de se replacer dans mon avenir. Ce sont ces fameux post-its.

J’ai, cette semaine, manqué de temps car j’en ai utilisé la presque totalité dans un projet encore mineur à ce jour, mais qui s’est retrouvé prioritaire en raison que tout l’est toujours en toute circonstance.
Cette lettre pour ce premier jour de l’année 2026 ne restera pas dans mes archives la plus importante, mais elle pose toutefois les fondations d’un avenir différent que celui que j’avais envisagé ces derniers mois et en cela elle est un jalon d’importance.
Je serai tenté d’ajouter à l’adresse de Minerve que je ne suis pas en train de faire des cercles dans l’eau, mais cela, elle ne le saura que lorsqu’elle lira cette lettre en complément des précédentes et des suivantes et peut-être se souviendra-t-elle d’ailleurs de ce qui occupait alors son temps en cette journée du 04 janvier 2026.
Se souvenir, encore et toujours.

Cette missive, je la termine dans l’obscurité de la pénombre, d’une journée qui touche à sa fin.
En ce qu’elle est factuellement empreinte d’une incertitude pour l’année à venir, je la clos avec des vœux d’un poète français, il était également chanteur. C’était un sensible, un écorché vif… C’était en 1968 sur Europe 1.

Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer et d’oublier ce qu’il faut oublier.
Je vous souhaite des passions. Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants.
Je vous souhaite de respecter les différences des autres, parce que le mérite et la valeur de chacun sont souvent à découvrir.
Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence et aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite enfin de ne jamais renoncer à la recherche, à l’aventure. À la vie, à l’amour, car la vie est une magnifique aventure et nul de raisonnable ne doit y renoncer sans livrer une rude bataille.
Je vous souhaite surtout d’être vous, fier de l’être et heureux, car le bonheur est notre destin véritable.

Nouvelle lettre de ma tante Jeanne

28 septembre 1983
Choisir le chemin vers l’indifférence du genre humain