Dimanche 22 décembre 2024

Il est temps de laisser les enveloppes rouges là où elles se trouvent.
TRADUCTION : je te préviendrai lorsque leur dispersion aura commencé, bien que cela ne saurait tarder, je puis te l’assurer.
D’ici là, il est temps de passer à un sujet d’importance qui me tient tout autant à cœur.
Et si cette lettre portait sur l’art ? Bien que ce dernier recèle de nombreux domaines, 18 pour être précis, avec en complément, une floppée de déclinaisons pour chacun d’eux.

Architecture, Sculpture, Peinture, Musique, Poésie et Littérature, Danse, Théâtre, Cinéma, Photographie, Bande dessinée, Art numérique, Art vidéo, Jeux vidéo, Design, Artisanat d’art, Cuisine, Performance (ces instants éphémères où l’artiste devient l’œuvre), Street art.

En ce qui concerne ma relation en ces domaines, j’ai arrêté la photographie et le street art que j’ai pratiqués avec passion et je me suis seulement essayé à la peinture, la sculpture et à la musique. Depuis longtemps, très longtemps. Pour mon rapport au cinquième, c’est une pratique tellement ancrée dans mon existence depuis plusieurs décennies que je n’y prête plus guère d’attention.
Depuis quelques années, je me suis tourné vers la préservation et la collection. Non pas d’art de supermarchés, de boutiques de décoration de style Gifitesque ou Ikeatesque, mais d’art au sens plus noble du terme.
Ainsi, je vis au milieu de mobilier ancien, sinon rare, de peintures, lithographies, gravures, dessins, aquarelles, sculptures, objets du quotidien anciens, voire très anciens.
En provenance de plusieurs parties du monde.
Mon appartement est désormais colonisé et saturé au sens premier du terme par cette accumulation hétéroclite, incontrôlée et incontrôlable de tout ce qui me tombe sous la main avec des coffrets en cours de remplissage, des documents anciens et rarissimes et des projets d’acquisitions multiples.
Pratiquement pas une semaine sans qu’un nouvel objet intègre ce lieu de vie qui m’appartient de moins en moins en raison que je ne suis que le dépositaire provisoire de toutes ces trouvailles.
Chaque pièce est remplie, les murs, le sol, les placards sont congestionnés, chaque espace disponible est une joie en raison qu’une place est libre pour un nouvel objet, un nouveau tableau et un désespoir de constater qu’il pourrait s’en trouver un nouveau avec un arrangement plus précis.
Chaque déplacement est prudemment exécuté en raison qu’une maladresse signerait un dégât irremplaçable et couteux financièrement. Chaque acquisition est définitive sauf à être offerte, sauf à être remplacée par une nouvelle plus ancienne, plus rare, plus coûteuse et dans de rare cas, de mortification destructrice.
Quant aux livres, j’ai commencé par un ouvrage, puis deux, puis en quelques semaines, une douzaine. Désormais, plus de 70 (en l’espace de moins de 6 mois). Non pas de livres de collection, mais de livres à lire, car je prévois de tous les lire, tous, si tant est qu’il est possible de lire plus de livres que je n’en récupère. Roman policier, d’espionnage, d’anticipation, philosophie, psychologie, … La lecture forge l’esprit, si tant est que l’on est exigeant dans ses choix. A défaut, il reste les magazines people que l’on trouve dans les WC des pêcheurs de Carpe Diem.
De ma table basse, je me suis résolu à les stocker dans une très vieille commode, remplissant un tiroir à la fois et lorsqu’elle sera pleine, dans une seconde commode…
Le temps passé à lire est de plus en plus important et ce temps-là, il me faut le prendre quelque part, à quelqu’un, à d’autres activités.
Sur le temps consacré au sommeil, sacrifiant Morphée, qui de toute façon m’a si souvent abandonné en pleine nuit afin de rejoindre le mont Olympe.
Sur le temps passé à scripturaliser des articles et la retranscription des lettres de ma tante Jeanne qui patientent ainsi de longues semaines durant.

Faut-il discerner dans cette lettre d’hiver, un message subliminal de la taille d’une corde d’amarrage d’un trois-mâts qu’il serait préférable que tu sois amatrice, collectionneuse d’art, pratiquante et lectrice compulsive, voir librocubilariste invétérée afin que je puisse te percevoir comme une Minerve ?
Pas nécessairement, car ce n’est pas un double féminin que je souhaite rencontrer. Mes cheveux longs et mes miroirs remplissent parfaitement cet office.
Une Minerve par nature est sensible à l’art, mais sans pour autant être dans le souhait de la possession de ce dernier sous quelque forme que ce soit. Concernant la pratique, tout comme il n’est de vie sans respiration, il n’est d’incarnation sans elle.
Pour la lecture, il est également d’évidence qu’une Minerve qui ne serait pas versée dans le goût de la connaissance par la lecture ne serait qu’une pâle copie. Une simple imitation sans valeur qui ne ferait illusion que lors des premières minutes d’une conversation qui viendrait à s’établir pour rapidement se retrouver bouter hors de vue, hors de pensée.

Être dans le souhait d’une rencontre avec une Minerve devrait être la quête existentielle de toutes personnes excessivement cortiquées, mais la réalité du monde tel qu’il se développe actuellement étant plus triviale, le pragmatisme refoule au renoncement, à l’abandon et à la déconnaissance pour se terminer dans l’ignorance, les poncifs et les répétitions de propos lus et entendus par la norme du plus grand nombre qui n’est qu’une chambre d’écho amplificatrice à laquelle, il convient de se référer pour « briller » en société lors des soirées Carpe Diemistes des Epicuriens se vautrant dans l’ignorance, le rire gras, la malbouffe et l’alcool que chacun de ses adeptes imaginent sans conséquence.

La culture de l’ignorance sera dans l’avenir intégrée au rang d’art sous le nom de Carpe Diemisme.

Carpe Diemisme
Ignorance volontaire de toute connaissance en la préférence pour la superficialité des plaisirs immédiats et les plus triviaux justifiant un mode de vie séparé de toute profondeur intellectuelle ou artistique classique confinant ainsi leurs adeptes à la répétition des poncifs parfaitement calibrés pour plaire à la norme du plus grand nombre et à la nature ignorante de celle-ci en pure opposition pour la complexité minimale de tout cérébré humainement constitué.

Moi, Misanthrope ?
Le nier serait une gageure, une absurdité, une billevesée.
Comment ne pas l’être avec une modernité confinant à l’ignorance et à la bêtise ou l’intellect est confondu avec l’intellectualisme en vogue dans les cercles de réflexion politique.
L’intellectualisme au sens noble du terme est une valorisation de l’intellect, rien de moins.
Rencontrer une Minerve n’est pas une tâche ardue, c’est une utopie dont le sujet a été évoqué la semaine précédente.
Ainsi se clôt cette missive d’un homme en retard. Ce soir, je suis en retard pour jouer les librocubilaristes à la lumière de mon très vieux lampadaire.

Post-scriptum,
Pas de passage de lecture de mes livres parcourus cette semaine
Nouvelles orientales, de Marguerite YOURCENAR
La marque de la bête et autres nouvelles de Rudyard KIPLING
Des souris et des hommes de John STEINBECK
Et pas davantage de celui en cours
Le retournement de Vladimir VOLKOFF

Dans l’hypothèse où tu serais également une lectrice assidue et une Minerve, il sera toujours envisageable de se rencontrer par hasard à une table de lecture.
Table de lecture : Leonidas Chocolates Cafés, 693 rue Nationale, Villefranche-sur-Saône
Vendredi 27 décembre 2024 : 16H30