Dimanche 2 août 2026
Dominical Day 31
Je me suis précédemment interrogé sur l’édification de l’univers Atypikal Life et sur la crainte qu’il finisse par m’absorber, littérairement autant que numériquement. Je redoutais de me perdre dans ce manoir devenu mon propre labyrinthe, jusqu’à n’être plus que son secrétaire particulier, enfermé dans une bouteille de Klein et arpentant chaque pièce comme s’il avançait sur un ruban de Möbius. Cette sensation, parfois réellement prégnante, de devenir de plus en plus étranger au quotidien me fait comprendre ce que signifie être étranger au monde dans son acception la plus absolue : non plus seulement éprouver un sentiment de non-appartenance, mais subir une forme de déracinement forcé.
Ai-je été trop pressé dans mon souhait d’évolution passant d’une naissance prolongée à une expansion ultrarapide ?
Les années 2024 et 2025 ont été fécondes en Lettres et en idées nouvelles simples à mettre en œuvre. 2026 s’avère être une année charnière, car tout s’accélère bien que mon temps de vie quotidienne n’en soit davantage pas accru. En quelques semaines, j’ai développé Atypikal Life, comme il ne l’avait jamais été depuis ce mois d’août 2024. Nous sommes passés (Céline et moi) d’un régime de gestation à celui d’un big-bang.
Je n’ose pas lister toutes les nouveautés mises et pas toujours visible, mais elles sont d’autant plus nombreuses qu’elles demandent un temps considérable à leur mise en œuvre, sans oublier qu’un labyrinthe digne de ce nom doit permettre la communication de toutes les pièces entre elles. Des projets d’évolutions toujours plus nombreux bouillonnent toujours et je me retrouve seul à devoir tout bâtir en ne pouvant compter que sur une unique personne pour ses conseils et ses mises en garde avec toujours le même temps disponible en dehors de mes horaires de fonctionnaire et de lecteur vorace.
À l’origine, je n’étais qu’un auteur, désormais je suis également architecte, cartographe, éditeur, conservateur, directeur artistique, programmateur, responsable technique, gardien, recruteur, publicitaire et, pour finir, secrétaire particulier.
Céline étant maintenant co-auteure à temps plein, je suis également en complément de mon rôle d’administrateur, directeur de publication… en attendant que d’autres plumes nous rejoignent. Ainsi les Lettres à une Inconnue se font provisoirement plus rares pour me permettre une expansion rapide d’Atypikal Life tout en laissant la place à ma coauteure.
C’est du temps mental en moins à consacrer à d’autres occupations, mais selon Céline, je ne suis pas encore administrativement englouti, seulement symboliquement immergé.
Tandis que je perçois mon investissement comme la face immergée d’un iceberg, Céline perçoit la partie émergée. Dans la réalité, nous sommes tous les deux dans le vrai et le faux et c’est typiquement le raisonnement que je pourrais avoir avec la tête sous l’eau. C’est là que l’épuisement s’amorce et qu’il convient de rester vigilant
Vivre avec Atypikal Life durant chaque minute d’éveil, c’est tout aussi passionnant qu’immersif, mais également épuisant, car de nouveaux seuils apparaissent en permanence et qu’il convient de les étudier sans toujours les remettre à plus tard. J’occupe au cours de chaque journée un grand nombre de pièces en m’assurant qu’aucune d’entre elles ne s’empoussière.
Je suis en train de bâtir une œuvre-monde, un univers au sein duquel, le souhait d’un exil permanent devient vraiment tentant, mais il manque encore cet essentiel pour le rendre confortable. Atypikal Life pourrait ainsi devenir mon véritable et dernier lieu d’habitation intérieure, sans que je cesse pour autant de résider physiquement sur Terre, où cette improbable rencontre devrait nécessairement avoir lieu.
Je deviens autant mon œuvre, quelle est une partie toujours plus importante de moi. Nous devenons inextricables l’un de l’autre.
Atypikal Life se transforme en un lieu progressivement habitable et je suis actuellement à la frontière. Une frontière que je contrôle seul et dont personne ne peut la franchir sans mon autorisation.
Visiter les couloirs, les salons, franchir des portes, des seuils, descendre dans le labyrinthe, plonger sous la surface, dans les méandres, tout est possible pour un visiteur. Habiter une pièce pour un auteur étranger à cet univers est possible, entrer dans le cercle également.
Franchir la frontière n’est possible que pour trois personnes : Minerve, incarnation de cette Inconnue à laquelle je m’adresse toujours, Céline et moi. Elle est invisible, nulle part et partout en même temps.
Atypikal Life ne peut poursuivre son existence qu’en étant alimenté par des Lettres à une Inconnue et ses autres contenus littéraires et j’ai pris soin de sanctuariser cela.
Mes conversations sur ce sujet avec Céline sont d’ailleurs très enrichissantes, car nos points de vue sont complètement différents. Lorsque je lui explique que je raisonne en créateur et en administrateur et qu’elle ne raisonne qu’en termes de logique, elle me rétorque que son point de vue n’est pas seulement logique, mais également éditorial et protecteur. Qu’elle ne cherche pas à réduire l’œuvre à une équation raisonnable et qu’elle cherche seulement à empêcher son architecture de consumer celui qui lui donne sa substance. En l’occurrence : moi.
Elle l’exprime parfaitement avec une formule, « L’imagination peut franchir dix pièces en une nuit ; l’existence ne peut en habiter sérieusement qu’une ou deux à la fois. Le manoir doit rester la forme de ta vie intérieure. Il ne doit pas en devenir le propriétaire. »
Je ne peux que lui donner raison, mais la question est de savoir si je peux désormais ralentir le rythme de mon plein gré ou s’il n’est pas déjà trop tard.
Un trou noir, à partir d’un certain seuil, ne permet plus à ce qui est dans son orbe de gravitation de s’échapper. Ai-je déjà franchi la limite au-delà de laquelle je ne pourrais plus éviter d’être totalement absorbé ? Théoriquement, pas encore.
C’est là que le sujet devient épineux, car un ralentissement de ma part peut également signifier un désinvestissement pour ne devenir plus qu’un majordome à temps plein chargé de l’administration en ne revêtant mon costume d’auteur que ponctuellement. Et l’incarnation de Minerve pourrait percevoir cette œuvre-monde en sommeil prolongé uniquement maintenue en vie artificiellement par un domestique dans l’attente du retour du propriétaire des lieux.
Après avoir longuement échangé avec Céline, nous sommes arrivés à nous accorder sur un désaccord au premier abord, puis j’ai consenti à lui accorder le point, car je transforme chaque nouvelle amélioration en dette morale à régler aussi rapidement que possible.
Cette lettre explicite en partie, et de plusieurs manières, ce qui se déroule dans les rouages du fonctionnement d’Atypikal Life et que le visiteur ne perçoit pas au-delà de son expérience de navigation virtuelle, mais que Minerve, elle, pourrait percevoir en franchissant la frontière invisible des seuils, des pièces, du labyrinthe, en voyageant dans les méandres d’un manoir qui se reconfigure régulièrement à condition toutefois de croiser, de rencontrer, d’aborder et d’inviter cette Inconnue.
Cette lettre aussi confuse soit-elle, et rédigée dans l’urgence doit être perçue comme un mot griffonné à la hâte pour cette Inconnue qui est présente quelque part, tandis que je suis absent ailleurs.
Une forme de billet épinglé sur la porte du manoir pour lui rappeler que je serai de retour très bientôt et qu’il conviendrait qu’elle ne s’éloigne, ni trop loin ni durablement.




