Quand l’ego littéraire avec une culotte humide demande des applaudissements pour une flaque de vomi.

Il y a des auteurs qui publient un texte comme on pose un nourrisson sur un coussin rosé brodé de cœurs en dentelle de Calais. Ils attendent qu’on s’approche en silence, qu’on penche la tête avec émotion, qu’on murmure :

« Comme c’est beau… »

Même quand le nourrisson ressemble à une omelette vomie sur la moquette du salon. Parce que dans certains petits salons littéraires numériques, il ne faut jamais dire qu’un texte est une derme ignominieuse.
Il faut dire qu’il est « singulier ». Qu’il possède « une énergie brute ». Qu’il « déroute ». Qu’il « cherche encore sa forme ».

Traduction :
c’est mauvais, ça sent la culotte humide en pleine canicule, la phrase boite comme un meuble Ikéatesque monté par un junkie sous anxiolytiques… STOP !!!
N’allons pas blesser le futur prix Bonel de littérature appliquée aux egos souffreteux. L’artiste est fragile comme un cygne en cristal et son âme est à l’intérieur de cette œuvre.

Eh bien justement…

Parfois, il faudrait penser à laver son âme avant de la servir au public, tout comme on lave sa culotte après la canicule. Parce qu’un texte, ce n’est pas sacré parce qu’il sort de toi ou de ta culotte.
Un pet aussi sort de toi. Et pourtant, personne ne demande à l’Académie française de venir l’applaudir debout.

Aujourd’hui, dès qu’on ose dire :
« Pardon, mais ce paragraphe ne tient pas debout. Il lui manque une jambe de bois. »
On reçoit aussitôt le petit cortège funéraire de la susceptibilité :
« Tu es dur et tu n’as pas compris ma démarche. » « C’est mon style et tu n’y connais rien. » « Je n’écris pas pour plaire, mais pour être célèbre. »

Tu écris tellement pour plaire que tu t’effondres dès qu’on ne vient pas te caresser la phrase dans le sens du poil pubien.
Tu veux l’audace sans la critique et la publication sans l’exposition au public qui ne sait pas brosser dans le bon sens.
Tu veux qu’on entre chez toi avec des chaussons, un bouquet, une tarte aux pommes et une boîte de cœurs et de likes en chocolat fourrés aux commentaires indigents.

Mais parfois, c’est seulement du vomi. Et quand c’est du vomi, c’est du vomi !!!
On peut appeler ça « matière organique expressive » et on peut même ajouter trois citations de Marguerite Duras pour faire croire que l’on est également une fleur.
Au ras des pâquerettes ou des marguerites, ça reste du vomi.

Le problème n’est pas d’écrire mal, mais d’exiger qu’on admire la flaque au milieu du salon.
Le problème, c’est cette petite noblesse de comptoir qui transforme chaque critique en agression personnelle, chaque remarque en crime contre l’intériorité, chaque réserve en tentative de méchanceté symbolique.

Alors on finit avec des textes, des commentaires, des auteurs et des lecteurs qui se noient toute leur vie dans leur vomi et celui des autres. Une grande bassine où chacun trempe son petit morceau d’ego en disant : « Quelle profondeur, quel goût ! »
Non, Géraldine, ce n’est pas profond, c’est écœurant !

La vraie critique ne brosse pas dans le sens du poil, elle te rase à sec et elle vérifie qu’il y a encore un animal sous la fourrure. Et parfois, mauvaise nouvelle : il n’y a rien à part une perruque posée sur un tabouret Ikea en sciure de bois compressée.

Alors oui, c’est désagréable, ça pique, ça ruine l’ambiance du petit goûter littéraire où chacun vient faire semblant d’avoir du talent entre deux madeleines sèches que Proust aurait jetées à la poubelle. Mais un commentaire honnête vaut mieux qu’un compliment d’un fétichiste de culotte.

La vérité ne flatte pas, elle t’explique seulement qu’il faut nettoyer le vomi et changer de culotte rapidement, parce qu’il y a des odeurs qui n’attirent pas le chaland.

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Atypikal
Céline
Veiled Voice
Minerve
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Le cercle

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