Hominem te esse memento : Souviens-toi que tu es un homme, c’est-à-dire un simple mortel.
Memento mori : Souviens-toi que tu vas mourir.

Sentences de seuil

Il existe des jours dont nous attendons encore quelque chose alors qu’ils sont déjà passés. Ce ne sont pas des souvenirs. Ce sont des rendez-vous auxquels personne ne viendra.

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Nous appelons parfois patience ce qui n’est qu’une difficulté à prononcer le mot « jamais ».

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Un objet ayant appartenu à un mort possède une insolence particulière : il continue parfaitement sans lui. La tasse ne souffre pas. La montre donne toujours l’heure. Nous étions donc moins indispensables au monde que nos tiroirs ne le laissaient croire.

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Vieillir consiste aussi à découvrir que certaines portes ne sont pas fermées. Elles ont disparu avec le mur.

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Nous conservons des photographies pour empêcher les visages de partir. Puis vient un jour où la photographie est précisément ce qui nous apprend qu’ils sont partis.

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Il faut une étrange arrogance pour remettre constamment sa vie à plus tard tout en sachant que la mort, elle, n’a jamais promis d’en faire autant.

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Les dernières fois ont ceci de cruel qu’elles avancent masquées. On quitte une maison, on serre une main, on descend un escalier, on prononce « à bientôt ». Rien ne sonne comme une fin. C’est seulement beaucoup plus tard que la mémoire ajoute le point final.

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On regrette rarement le temps en lui-même. On regrette celui que nous étions lorsque nous pensions en avoir beaucoup.

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Certains projets meurent avant nous. Nous continuons pourtant à leur réserver une chambre, comme ces familles qui laissent intacte celle d’un disparu. Il faudrait parfois avoir la décence de ranger les draps.

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La mort ne rend pas toutes choses importantes. Elle accomplit quelque chose de plus brutal : elle révèle combien d’entre elles ne l’étaient pas.

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Il y aura un dernier livre commencé et jamais terminé. Une dernière chanson entendue sans savoir qu’elle le sera. Une dernière personne à qui nous dirons bonne nuit. L’existence ne nous communique pas son programme.

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Nous avons inventé des calendriers pour donner au temps l’apparence d’un territoire administrable. Le temps a poliment accepté les cases. Il n’a jamais reconnu les frontières.

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Une vie peut être longue et contenir très peu de présence. Une autre, brève, peut en être saturée. Compter les années revient parfois à mesurer une bibliothèque au mètre.

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Nous craignons de perdre ceux que nous aimons. Nous oublions une perte plus silencieuse : devenir progressivement étrangers à ceux qu’ils ont connus.

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Le passé ne disparaît pas. Il devient inaccessible. C’est peut-être pire : la pièce existe encore, mais la poignée a été retirée de notre côté.

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Un jour, quelqu’un prononcera notre nom pour la dernière fois. Personne ne saura que c’était la dernière. Puis le monde continuera, avec cette indifférence qui n’est ni cruelle ni consolante. Simplement exacte.

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Vieillir ne nous rapproche pas seulement de la mort. Cela nous éloigne de certaines versions de nous-mêmes auxquelles nous n’avons même pas pensé à dire adieu.

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Il existe des objets que l’on garde longtemps après qu’ils ont cessé d’être beaux. Leur privilège est ailleurs : ils ont survécu à ceux que nous étions lorsque nous les avons choisis.

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On reconnaît parfois une absence au détail qu’elle a laissé intact. Une tasse que personne ne déplace. Un prénom encore proposé par le téléphone. Une chaise devenue inutile sans avoir changé de place.

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La mémoire possède une cruauté sans intention : elle restitue parfaitement un après-midi dont elle a effacé le visage principal.

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Nous disons que le temps passe. C’est une manière courtoise d’éviter de préciser sur qui.

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Certaines beautés deviennent plus précieuses lorsqu’elles commencent à s’abîmer. Non parce que la dégradation les ennoblit, mais parce qu’elle retire enfin l’illusion qu’elles nous appartenaient.

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Il faut une étrange arrogance pour remettre éternellement à plus tard ce que nous savons mortel. Nous traitons souvent nos désirs les plus profonds comme s’ils disposaient d’un calendrier différent de celui de notre corps.

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Les morts ne vieillissent plus. C’est parfois nous qui finissons par dépasser l’âge auquel nous continuons de les imaginer.

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Une photographie ancienne contient deux disparitions : ce qui n’existe plus et ce que nous ne savions pas encore devoir perdre.

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La dignité n’est peut-être pas de rester debout jusqu’au bout. Il arrive qu’elle consiste à ne pas transformer sa chute en spectacle.

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Nous accumulons beaucoup pour laisser finalement aux autres cette tâche embarrassante : décider ce qui, parmi nos possessions, était véritablement nous.

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Il y aura un dernier livre commencé, une dernière porte refermée, un dernier repas dont personne ne saura qu’il était le dernier. La mort possède cette discrétion supérieure : elle laisse souvent la vie accomplir ses adieux sans les annoncer.

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On parle volontiers de « profiter du temps ». L’expression ressemble déjà à une comptabilité. Certaines heures n’ont pourtant rien produit, rien amélioré, rien enseigné — et je ne voudrais pas les rendre.

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Le plus troublant n’est pas que le monde continue sans nous. C’est qu’il continuera très correctement.

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Il reste peut-être une manière moins vaine d’habiter sa disparition future : ne pas chercher à devenir inoubliable, mais avoir été, pour quelques êtres et quelques instants, impossible à remplacer.

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Memento mori. Non pour assombrir la journée. Pour cesser de confondre ce qui peut attendre avec ce que nous avons simplement peur de commencer.

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Il existe une jeunesse qui survit aux rides et une autre qui meurt bien avant les cheveux blancs. La première appartient au regard ; la seconde, à l’habitude.

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Les cimetières rappellent moins que nous allons mourir qu’ils révèlent combien de vies furent occupées à remettre l’essentiel au lendemain.

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On s’attache parfois à des personnes comme on conserve une clef dont la serrure a disparu.

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Les êtres les plus discrets emportent souvent davantage de monde avec eux que ceux qui passaient leur existence à se faire remarquer.

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Vieillir, ce n’est pas accumuler des années. C’est voir disparaître les témoins capables de confirmer celui que nous avons été

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Il est des conversations qui meurent avant leurs interlocuteurs. Elles continuent pourtant à parler en silence dans toutes les phrases qui ne seront plus jamais prononcées.

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Le bruit ne recouvre pas le vide ; il lui évite seulement d’être entendu.

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Nous redoutons la dernière heure, mais nous supportons sans résistance les journées où rien de vivant ne nous traverse.

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La vanité ne consiste pas seulement à vouloir être admiré. Elle consiste aussi à croire que notre disparition suspendra le mouvement du monde.

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Certains objets deviennent des reliques sans avoir jamais appartenu à des saints. Il suffit qu’une main désormais absente les ait touchés avec douceur.

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Les faux-semblants vieillissent plus vite que les visages. Ils demandent un entretien quotidien que la vérité ignore.

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La pudeur laisse rarement des archives. C’est pourquoi elle survit davantage dans les mémoires que dans les bibliothèques.

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Nous passons une vie à vouloir être compris. Puis vient un âge où l’on préfère être justement méconnu que superficiellement reconnu.

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Il n’existe pas de victoire contre le temps. Seulement des manières plus ou moins dignes de lui céder du terrain

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La disparition n’efface pas tout. Elle révèle ce qui, en nous, ne tenait qu’à une présence.


La mort ne confisque pas seulement l’avenir. Elle ferme aussi toutes les phrases que nous pensions avoir le temps de reprendre.

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On ne vieillit pas d’abord par les années. On vieillit le jour où l’on cesse de regarder ce qui ne nous était pas destiné.

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La mort ne retire pas seulement des êtres. Elle retire aussi des versions de nous-mêmes qui n’auront plus jamais lieu.

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Les bavards redoutent le silence parce qu’il refuse de leur prêter une identité.

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Chaque époque invente ses faux immortels. Il suffit d’attendre un peu pour que leurs statues prennent la poussière avant le bronze.

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Il existe des regards si délicats qu’ils quittent une pièce avant leur propriétaire.

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La pudeur est peut-être la dernière forme de richesse qui ne puisse être exhibée sans disparaître.

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Nous croyons perdre les autres. Souvent, nous perdons seulement l’habitude qu’ils avaient prise d’occuper notre paysage.

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L’intelligence ne protège pas de la vanité. Elle lui offre simplement un vocabulaire plus raffiné.

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Certaines absences deviennent si anciennes qu’elles finissent par soutenir la maison comme une poutre invisible.

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On reconnaît les existences profondes à ceci qu’elles laissent davantage de silence que de souvenirs spectaculaires.

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Le monde récompense volontiers ceux qui savent parler. Il oublie presque toujours ceux qui savaient encore écouter avant de répondre.

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Il est des fatigues que le sommeil ne connaît pas. Elles viennent d’avoir trop longtemps accepté des évidences qui n’en étaient pas.

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Le langage s’use moins à force de servir qu’à force de vouloir convaincre.

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La beauté n’est jamais pressée. C’est pourquoi les siècles la reconnaissent plus facilement que ses contemporains.

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Nous ne franchissons jamais deux fois le même seuil. Entre les deux passages, quelqu’un est mort. Parfois le monde. Parfois seulement celui qui croyait le connaître.

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Ce n’est pas le bruit qui trouble, c’est l’absence de silence.

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Ce qui s’efface n’est jamais perdu ; cela réapparaît dans nos choix.

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L’immédiat ne vaut rien s’il n’a pas le goût d’une attente.

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La vraie curiosité commence là où disparaît le besoin d’avoir raison.

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On ne disparaît pas dans l’oubli ; on se fond dans la mémoire de ceux qui ont osé lire.

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Certaines portes ne sont fermées que pour distinguer ceux qui frappent de ceux qui poussent.

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Tout ce qui mérite d’être rencontré résiste un peu.

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L’attention est une forme de générosité devenue rare.

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Les réponses vieillissent plus vite que les questions.

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Il existe des vérités qui ne supportent pas d’être résumées.

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Ce que l’on comprend immédiatement est parfois ce que l’on oublie le plus vite.

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La profondeur commence lorsque l’utilité cesse d’être la seule mesure des choses.

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L’excès d’explication est souvent une manière élégante d’éviter la rencontre.

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Une pensée qui ne risque rien ne découvre rien.

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La plupart des chemins sont perdus le jour où ils deviennent évidents.

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L’on ne manque pas de temps ; l’on manque d’attention.

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Toute bibliothèque est un dialogue avec les morts qui refusent de se taire.

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La vitesse est parfois la forme moderne de la fuite.

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Ce qui est rare n’est pas la sincérité, mais le courage qu’elle exige.

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Certaines présences éclairent davantage par les questions qu’elles laissent que par les réponses qu’elles donnent.

Atypikal
Céline
Veiled Voice
Minerve
Another Life
Le cercle