Dimanche 29 juin 2025
AVERTISSEMENT
Ne pas tenir compte du titre de cette lettre, c’est être condamné à recommencer.
Tant de semaines, de mois, de lettres, d’espoirs, de rêves et de questions abordés depuis ce jour du mois d’août 2024.
Et s’il était désormais temps d’en reprendre quelques-unes afin de les déposer dans une lettre particulière afin qu’elles puissent former un récit tout aussi particulier à propos de cette incarnation qui, désormais, a pris corps et âme ?
Après avoir parcouru toutes les lettres précédentes, je n’en ai trouvé aucune qui puisse trouver une place dans celle-ci. Ainsi, pour les découvrir et te saisir des réponses, tu vas devoir te (re)plonger individuellement dans chacune d’elles afin de les (re)découvrir.
Derrière cette idée première, s’en trouvait dissimulée une autre que j’ai découverte à mesure que j’écrivais celle-ci. Demander à chaque lecteur d’observer son reflet dans un miroir lorsqu’il prononcerait à haute et intelligible voix quelques questions afin de ne pas s’interroger mentalement, mais avec une sincérité qu’il ne pourrait pas dissimuler sous un masque de comédien; ce personnage fictif utilisé pour interagir avec la société des hommes. Ainsi, les réponses n’en seraient que plus crues, voire cruelles et il ne resterait alors que le choix de détourner son regard de ce reflet pour s’opposer à la vérité dérangeante de ce moi qui interroge sans détour et sans masque, sinon lui accorder une sincère attention, sachant qu’il est composé de tout ce qui est d’ordinaire dissimulé au plus grand nombre en ce qu’il n’est pas reluisant, voire honteux et méprisé lorsqu’il est observé chez autrui. Des interrogations qui ne sont, théoriquement, pas de nature à mettre en danger l’ego de la personne qui s’interroge, mais simplement de lui permettre la naissance de celles qu’il n’aborde jamais, sinon que trop rarement.
Cette sélection d’interrogation ne m’est pas venue par un absurde fruit du hasard, mais de par l’idée première évoquée au début de cette lettre en ce que je me suis souvent interrogé sur des sujets en lien direct avec une grande partie du contenu de ces plusieurs dizaines de missives et d’un livre que je suis en train de parcourir. Un ouvrage de Carl Gustav Jung.
Les questions auxquelles je te propose de répondre sont les suivantes :
Quelles sont mes valeurs et lesquelles sont plus importantes dans ma conception de la beauté de la nature humaine ?
Suis-je en capacité de me connaître intrinsèquement ou seulement d’appréhender le monde extérieur avec ces valeurs qui sont les miennes en ce provisoire instant de ma vie ?
De quel emplacement en cet instant suis-je positionné sur ma montagne de certitudes lorsque j’observe le monde extérieur qui se trouve à ma portée ?
Puis-je accepter de n’avoir raison sur aucune de mes croyances et de devenir un élève de l’incertitude ?
Qui suis-je au-delà de ces quelques réponses que j’apporte à mon reflet qui, lui, ne me renvoie pas de masque social ?
Cinq questions qui n’ont de réponses que celles qui ne peuvent qu’être exprimées immédiatement, car chacun les possède en lui-même, à la condition, seulement d’en accepter le résultat qui n’en est fréquemment qu’obscurantisme, dogme, intransigeance, craintes, peurs, normativité,…
Il ne s’agit pas de se déconstruire pour se recomposer une nouvelle personnalité, mais simplement d’accepter celle que l’on possède déjà et d’acquérir de nouvelles connaissances, fussent-elles contraires à nos croyances et tatouées au sein de chacune de nos cellules pour tenter de devenir une meilleure version de soi-même tout en ayant conscience que le reste de notre vie ne suffira jamais.
La connaissance de soi est une montagne dont le sommet nous restera à jamais inatteignable, tandis que l’ignorance se trouvera toujours précisément à l’endroit où nous serons, à l’instant même de cette réflexion.
Deux choix s’opposent : rester là où nous sommes et observer ce sommet que nous n’atteindrons jamais afin de nous établir confortablement dans l’espace de certitudes que nous occupons, sinon gravir la montagne sachant qu’il sera inutile de croire que l’on en atteindra le sommet en ce que l’échec sera toujours au rendez-vous.
Sisyphe, échoua perpétuellement dans la tâche qui lui incombait. Sa condamnation éternelle étant de pousser un rocher en haut d’une montagne qui retombait toujours.
La connaissance de soi est une condamnation éternelle en ce qu’elle ne sera jamais atteinte, mais nécessairement indispensable pour progresser sur l’échelle de cette connaissance, et de l’humanité en ce qu’il ne suffit pas d’être humain pour s’en revendiquer comme d’un droit inaliénable.
Te voilà désormais à lire ces quelques dernières lignes et avec le choix de te placer devant un miroir réfléchissant non seulement ton moi social, mais également ton moi profond.
Si tu choisis de répondre à ta partie sociale, tes réponses seront forcément hypocrites, car enrubannées de croyances religieuses et politique, et si tu choisis de répondre à ton intrinsèque nature, tu auras l’impression que tes réponses seront insincères, car forcément manipulées par cet exercice qu’il n’est pas naturel de pratiquer et que j’ai moi-même, l’auteur, induit un biais cognitif dans ton esprit avec tout ce qui précède.
Si ton impression que cette lettre dominicale est courtaude, c’est que tu n’as pas pris le temps de répondre aux quelques questions précédentes ou que tes réponses étaient sociales et je t’invite donc à répondre maintenant à ton moi profond sachant que tu ne seras jamais dans une réelle certitude d’avoir répondu honnêtement, quand bien même, tu en serais convaincu, ce qu’il ne faut jamais être en même temps (con vaincu), car ainsi, tu ne ferais qu’avouer ta défaite et ton échec n’en serait que plus flagrant.
Une dernière question pour te soulager du fardeau de ton échec.
Quelle attitude adopter s’il n’y a pas de réponse sincères envisageables et que l’échec est positionné à toutes les sorties ?
L’humilité.
Je sais que je ne sais rien de plus que ce que je crois savoir, en ce qu’il est lui-même une certitude dont je me revêt pour mieux dissimuler mon ignorance et afficher un savoir que je ne possède pas, mais qui me rehausse au regard de ceux qui avouent ne pas savoir et vivent dans l’incertitude que moi-même, je dissimule afin de n’être qu’un autre à défaut de n’être que moi-même en ce que ce dernier m’est insupportable à accepter de par mes croyances que j’ai érigées en dogme et me convaincre que je ne peux être qu’ignorant d’un savoir que je revendique comme une certitude.
Il est désormais temps de te rappeler, dans le cas où tu n’auras pas lu la lettre du 05 janvier 2025, la troisième voie de l’utopie dans laquelle cette lettre s’inscrit pleinement.
1. Une utopie qui se réalise complètement disparaît du simple constat qu’elle n’est plus et ainsi sa réalisation amène fatalement à l’anéantissement de cette croyance précédente qui ne peut avoir réellement existé et de son souhait de la voir véritablement se réaliser en une quête figée.
Oui l’utopie est atteinte, mais parce qu’elle était informulée de manière parfaite. La conception même de l’idée de l’utopie reposait sur une sémantique erronée qui n’avait d’utopie que la définition alors qu’il s’agissait d’un objectif réalisable sans difficulté.
Il s’agit donc là d’une simple utopie de bazar, conçue par des individus sans croyance et sans foi pour la populace. Un petit rêve doucereux, proposée par des aigrefins comme on en trouve tant dans l’univers médiatique et politique du XXIe siècle.
2. Une utopie réalisée devient également une réalité froide et objective. Elle est factuelle, présente, analysable et toujours décevante. C’était en somme un mauvais rêve, sinon une fausse croyance. Était-ce donc véritablement une utopie ?
Indéniablement non.
Dans les deux cas, il s’agit d’une escroquerie intellectuelle promue pour plaire au plus grand nombre au sein de laquelle chacun entendra ce qui lui plaira et si tel n’est pas le cas, le discours sera suffisamment empreint d’ambiguïté afin que l’individu lambda puisse finalement se persuader qu’il est lui-même l’obstacle à sa réalisation et qu’il doit changer de point de vue afin de contribuer à sa réalisation, sinon s’écarter afin de ne pas être une gêne.
C’est le principe même du totalitarisme démocratique des sociétés occidentales soumises au pouvoir oligarchique de quelques personnes qui persuadent des millions de citoyens qu’ils ont tort de vouloir prendre leur destin individuel en main et que leur Salut ne réside que dans la soumission à des lois iniques tout en les convaincant de voter en troupeau de Panurge pour maintenir au pouvoir ces mêmes roublards.
3. La troisième voie.
L’utopie étant par nature inatteignable pour conserver son origine en ce qu’elle désigne un lieu qui n’existe pas, mais dont la signification s’étend au sens plus large d’une quête. Ainsi, lorsque cette dernière est achevée au sens de la recherche d’une Minerve qui, elle-même, est un idéal et un symbole mythologique, c’est donc une double utopie qui doit être atteinte dès son origine et qui, lorsque sa double réalisation s’accorde avec la réalité, se transforme naturellement en une nouvelle utopie, la troisième voie, afin de concevoir un développement mutuel dans une progression philosophique de l’apprentissage du genre humain dans son entière complexité, car sans nouvelle connaissances à acquérir, la première utopie n’a pas atteint son but en ce qu’une Minerve ne peut être figée dans ce qu’elle représente et ne pourrait à son tour être celle-ci invalidant même cette rencontre, et les trois voies. L’utopie réalisée, la non-utopie et la troisième voie.
En résumé, la troisième voie, dont je ne suis pas simplement partisan, sinon croyant, mais un homme de foi, est une quête d’accomplissement intellectuel en ce que le savoir philosophique est supérieur à tous les autres parce qu’il interroge chacun de nous en chaque instant.
Bon dimanche de la part d’un autiste inadapté aux sociétés humaines et incapable de discourir vocalement avec aisance et souviens-toi, lorsque tu croiseras l’un de ces enfants particuliers, qu’ils ne sont pas ce masque social que tu perçois de ta montagne de certitudes et que chacun d’eux t’observera toujours autrement que par cette tunique que tu arbores en société en ce que le doute et l’incertitude leur sont intrinsèquement familiers et que chacun d’eux s’efforcent de n’être qu’eux-mêmes.
Post-scriptum,
Ton intellect, ton âge et ton expérience de la vie ne pouvaient ici t’être d’aucun secours, car c’est d’honnêteté intellectuelle qu’il s’agit et si d’aventure tu as utilisé tes capacités intellectuelles supérieures, te voilà désormais réduit à devoir tout relire sous un prisme différent en raison que tu en auras négligé l’avertissement premier.
La vraie connaissance, c’est le linceul de Pénélope.
Dans l’éventuelle et improbable hypothèse qui créerait dans ton esprit une confusion cérébrale concernant cet avertissement, il te restera toujours la possibilité de faire appel à une IA pour t’en apporter une réponse rapide et immédiate bien que toujours incomplète, sinon parcourir, en format papier, les œuvres complètes de Platon et quelques ouvrages de Nietzsche, Schopenhauer, Jung, Aristote et quelques personnages du même acabit dont il ne sera jamais trop tard pour en apprendre l’essence même de l’humanité.
Une lettre à Petruška ne devant plus se refermer sans le passage de mes livres lus au cours de la semaine.
L’Âme et la Vie
Carl Gustav JUNG
Édition Le livre de poche
ISBN : 978-2-253-06434-3
Page 330
Le développement de la personnalité qui sort de ses dispositions germinatives pour arriver à sa conscience totale est charisme en même temps que malédiction. La première conséquence en est la conscience d’un inévitable isolement de l’individu qui se sépare du troupeau indistinct et inconscient. C’est la solitude ; il n’est point pour cela de désignation plus consolante. Même l’adaptation la plus réussie n’en délivre pas, ni l’ajustement, sans la moindre friction, au milieu, nulle famille, nulle société et nulle situation. Le développement de la personnalité est un bonheur tel qu’on ne peut le payer que très cher.
Lu et déposé dans un wagon de train le 1er juillet 2025
La plaisanterie
Milan KUNDERA
Édition Folio
Dépôt légal : juin 1993
Page 225
Le soir, les demoiselles d’honneur enlevèrent à Vlasta sa couronne de romarin et me la remirent avec solennité. De ses cheveux dénoués elles firent une natte enroulée autour de sa tête et la coiffèrent d’un béguin ajusté. Ce rite représentait le passage de l’état de vierge à l’état de celui de femme. Vlasta, bien sur, depuis longtemps n’était plus vierge. Elle n’avait donc pas droit au symbole de la couronne. Mais cela ne me semblait pas important. A un niveau supérieur, bien plus important, c’était maintenant seulement qu’elle perdait sa virginité, à l’instant où ses demoiselles d’honneur m’offraient sa couronne.
Une lettre à Petruška ne devant plus se refermer sans une citation personnelle qui vaut parfois mille mots.
Lorsque je me retrouve à bavarder avec une personne qui monopolise 95 % du temps de conversation centrée sur sa personne et m’explique que mes 5 % de dialogue sont inutiles, je me souviens instantanément de la raison pour laquelle j’évite habituellement de parler aux inconnu(e)s, aux êtres humains et souvent aux deux en même temps.



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