Dimanche 15 février 2026
Il est des lettres que l’on ne devrait jamais avoir à rédiger. Des mots que l’on pensait ne jamais avoir à prononcer. Les croyants diraient que Dieu est un joueur imprévisible et pour les non-croyants que c’est parce que Dieu n’existe pas que c’est arrivé.
La réalité est plus prosaïque, c’est prévisible, écrit d’avance, prévu par l’araignée du destin donc inévitable et ainsi nécessaire afin qu’un événement futur puisse se produire. Lequel ? Je ne suis pas pressé de le découvrir, mais tu es concernée… tout comme moi.
Un Adieu, c’est une formule que l’on décline désormais sous différentes formes pour signifier à l’autre que l’on ne se reverra pas dans cette vie terrestre, mais au royaume de Dieu… et que les profanes utilisent par habitude à défaut de dire « À jamais. »
À l’origine
À Dieu.
Que Dieu veille sur toi.
Que Dieu te garde.
Je te laisse sous la protection divine.
Adieu : je te remets à Dieu, car peut-être que nous ne nous reverrons pas.
Une lettre ainsi rédigée clôture définitivement une rencontre humaine et quel qu’en soit le coût, elle est parfois indispensable. Le livre de la vie n’est pas clos, mais un chapitre s’est terminé et il convient de commencer l’écriture du suivant. Ce n’est pas prévu dans l’immédiat, car il faut parfois se noyer dans les brouillons pour parvenir à rédiger le chapitre suivant et c’est ce qu’il me semble nécessaire d’effectuer : une plongée dans les méandres de l’océan de la vie. Rédiger quelques essais pour dénicher celui qui possède une vibration particulière.
Depuis la première lettre du 13 août 2023, il s’est écoulé davantage que du temps, mais je ne saurais dire ce que c’est. Le passé est toujours là, à sa place. Figé pour l’éternité. Le présent est à peine existant en ce qu’il provient d’un futur inexistant pour se figer irrémédiablement dans le passé. Le futur est en construction permanente et modifiable à l’envie. En ai-je envie ? Pas dans l’immédiat, car si je m’accorde à modifier un futur dont je n’ai pas encore défini ce dont je souhaite qu’il devienne, je prends le risque de me retrouver à vivre n’importe quelle vie et très probablement celle qui me conviendra le moins.
La solution se trouve en partie dans l’une de ces multiples lettres, mais si je ne manque pas de temps pour les parcourir, ce dernier n’est pas encore arrivé et je dois donc patienter encore un peu.
Un homme amoureux traverse le monde comme un anarchiste porteur d’une bombe à retardement.
Mon chemin à parcourir est d’une longueur égale à ce monde que je dois traverser et je dois veiller à ne pas trébucher, aussi, je bloque le mécanisme. Provisoirement, afin de me garantir la certitude de parvenir à couvrir le chemin qu’il me reste à parcourir.
Memento mori : Souviens-toi que tu vas mourir.
La mortalité humaine est une construction philosophique, la réalité physique est différente, car rien ne disparaît dans l’univers. La vie humaine se transforme en molécules différentes, mais nos atomes sont toujours présents. Seule change la recomposition de ces derniers, seules disparaissent la mémoire et les souvenirs.
C’est précisément cette partie d’Atypikal Life qui va être transformée et recomposée afin de la rendre actuelle, et afin que le futur devienne celui que j’aurai décidé…
Il est des Lettres à une Inconnue qui offrent des réponses, d’autres qui interrogent, celle-ci est une expectative… Chacun de nous va devoir patienter… le temps necéssaire.
Nouvelle lettre de ma tante Jeanne
22 août 2022
Gifler les cons pour leur apprendre à l’être un peu moins
Mon cher Nicolas,
En ce XXIe siècle que j’ai eu la chance de connaître, je suis triste à la fois de devoir te laisser seul dans ce monde et de constater ce qu’il est devenu avec son lot de peur, d’intolérance, d’uniformité, de dogmatisme, d’interdits et d’injonctions.
Ma jeunesse était une génération où les jupes étaient tellement courtes que le bronzage jambesque pouvait être quasi intégral, les robes tellement colorées qu’il faut aujourd’hui une bonne dose de LSD pour recréer un style colorimétrique similaire. Une liberté sexuelle que bon nombre de célibataires de ta génération se demandent parfois si elle ne relève pas d’une légende urbaine. Une génération où la liberté d’être avait la primauté sur l’anxiété, la peur, les interdits, les injonctions gouvernementales de toutes sortes, l’infantilisation des adultes.
Je te souhaite de rester celui que j’ai aimé, que j’ai appris à comprendre, de ne jamais te reposer de ta liberté d’être un enfant sauvage, un pourfendeur de normalité et par-dessus tout de toujours rester en alerte pour ne pas te laisser emporter par les courants philosophiques de comptoir ou de magazines dont le public composant la norme du plus grand nombre s’empresse toujours de les acheter pour savoir ce qu’il faut penser pour briller en société à défaut de briller dans l’obscurité.
Mon neveu, mon enfant, mon chéri,
Veille à te souvenir des conversations que nous n’avons jamais eues, et à gifler les cons pour leur apprendre à l’être un peu moins car ce que tu n’oses pas aujourd’hui, tu le regretteras demain.
Ton irrévérencieuse tante Jeanne
Une lettre ne devant plus se refermer sans le passage de mes livres lus au cours de la semaine.
Machiavel
Le Prince et autres textes
Édition Folio
Dépôt légal : juillet 1988
Page 441
Ce qu’on sait moins et qu’on apprend par la dernière des lettres de Machiavel, c’est que c’est encore lui qui s’employa, en vain d’ailleurs, à délivrer le responsable, Clément VII, bloqué pour sa seconde fois dans le Château Saint-Ange.
Après quoi, nous ne savons plus rien de lui. De vagues on-dit sur son retour dans une Florence où la nouvelle du sac de Rome, les 5-6 mai, apprise le 11, ramène pour deux ans un fantôme de république, où les républicains se sont faufilés sans gloire à la place des pâles tyrans évanouis sans vergogne.
Lu et déposé dans une boite à livres le 12 février 2026
Sous l’étoile d’automne
Knut HAMSON
Édition Le livre de poche
Dépôt légal : 9/1982
Page 155
Alors l’idée me vint de chercher l’adresse de mademoiselle Élisabeth et de téléphoner, j’ai encore ce dernier espoir. J’entends la sonnette vibrer à l’intérieur après avoir pressé le bouton et me voici prêtant l’oreille comme dans un désert bruissant.µ
Mademoiselle Élisabeth était partie une heure plus tôt.
Lu et déposé dans une boite à livres le 15 février 2026
50.000 dollars
Ernest HEMINGWAY
Édition Le livre de poche
Dépôt légal : 1er trimestre 1971
Page 175
– Il a donné quelqu’un. C’est pour ça qu’ils tuent des gens.
– Moi, je quitte le pays, fit Nick.
– Oui, fit Georges, c’est la chose à faire.
– Je peux pas supporter l’idée qu’il est là, dans sa carrée, sachant qu’on va le tuer. C’est trop affreux.
– Alors, dit Georges, vaut mieux ne pas y penser.
Lu et déposé dans une boite à livres le 18 février 2026
La place
Annie ERNAUX
Édition Folio
Dépôt légal : février 1997
Page 114
Je ne savais pus son nom, ni dans quelle classe je l’avais eue. Pour dire quelque chose, quand mon tour est arrivé, je lui ai demandé :
« Vous allez bien ? Vous vous plaisez ici ? »
Elle à répondu oui oui. Puis après avoir enregistré des boîtes de conserve et des boissons, avec gêne : « Le C.E.T., ça n’a pas marché. »
Elle semblait penser que j’avais encore en mémoire son orientation. Mais j’ai oublié pourquoi elle avait été envoyé en C.E.T., et dans quelle branche. Je lui ai dit « au revoir ». Elle prenait déjà les courses suivantes de la main gauche et tapait sans regarder de la main droite.
Novembre 1982 – juin 1983
Lu et déposé dans une boite à livres le 19 février 2026
La sixième
Susie MORGENSTERN
Édition l’école des loisirs
Dépôt légal : septembre 1984
Page 141
Chère Madame Luron,
Nous avons envie de vous écrire en cette fin d’année au nom des élèves de la sixième/6 pour vous dire combien votre cours d’histoire nous a intéressés. Nous trouvons aussi que vos notes sont généreuses et justes. Vous êtes la seule prof qui ne nous juge pas complètement nuls et nous pensons la même chose de vous. Merci pour les renseignements utiles sur l’Egypte antique, l’ancien Israël, la Mésopotamie, Rome et le reste. Merci pour la façon vivante de présenter les civilisations. Merci pour tout !
Annick et Margot
Lu et déposé dans une boite à livres le 20 février 2026
Une lettre ne devant plus se refermer sans une citation personnelle qui vaut parfois mille mots.
Un autiste amoureux, c’est un insomniaque de la vie qui ne veut pas se réveiller pour vivre dans la réalité des autres.



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