Ils sont beaux, mes textes, ils sont beaux !
Approchez, m’sieurs-dames, approchez, faites pas vos mijaurées, on va pas vous vendre un tracteur sans moteur.
Y’a du beau texte du terroir, du texte qui sent la botte humide, le café recuit, le chien mouillé, la nappe en plastique et le pâté sans croûte qu’a déjà bien vécu.
C’est pas du texte de Parisien maigrelet qui boit des trucs avec du lait d’avoine en disant “problématique” toutes les trois phrases.
Non madame.
Ici, c’est du texte qu’a du culot, du texte avec du poil aux idées, et même du poil au nez, du texte qui descend pas de la dernière conférence TED mais plutôt d’un grenier où ça sent la poussière, la gnôle et les secrets de famille.
Demandez-en, des beaux textes !
Y’en a des tendres comme une vache qui vous regarde sous la pluie avec la queue qui balance et l’air de savoir des choses qu’elle dira jamais.
Y’en a des costauds, y’en a des rustauds, comme un oncle bourré au banquet communal de la Saint-Jean, celui qui chante trop fort et qui finit toujours par insulter le Claude.
Y’en a des qui piquent un peu, mais c’est normal : quand c’est trop doux, c’est qu’on vous a mis de la mièvrerie pour cacher la misère.
Allez, m’sieurs-dames, servez-vous !
Du texte fait maison, sans chichi, sans vernis, sans petite morale en chaussons de mousseline.
Du texte élevé dehors, nourri aux restes de dimanche, au vent dans les peupliers et aux engueulades de derrière les volets clos.
Ils sont beaux, mes textes, ils sont beaux !
Pas beaux comme une vitrine de parfumerie Parisienne, non.
Beaux comme une remorque rouillée, une soupe trop salée, un vieux pull qui gratte, une grand-mère qui dit “j’dis ça, j’dis rien” avant de détruire quelqu’un proprement avec le reste de ses dents qui claquent.
Prenez-en donc un bout, ça coûte pas plus cher qu’un compliment sincère, et c’est plus rare.
Et si vous comprenez pas tout, c’est pas grave.
Vous direz que c’est profond.
Ça marche toujours avec les textes.
Et en plus, c’est du bio, c’est du local !
On rigole mieux ici que chez chat j’ai pété, comme dit le tonton Lucien quand il essaie de parler moderne avec du pâté plein les doigts.
Chez nous, le texte, c’est du terroir à l’ancienne mode, du qui colle aux sabots et qui fait tousser les délicats.
Même la fillette peut s’y mettre, avec son crayon gras, ses feuilles à carreaux et son air de préparer une révolution dans le poulailler.
Venez en famille, venez avec vos amis, venez avec le chien s’il sait lire, mais venez donc, on vous accueillera toujours à la bonne franquette.
Y’a du texte, du poème, de la lettre, du paragraphe en barquette, du morceau noble et du bas de page pour la soupe.
Au kilo, au détail, à la louche ou dans le torchon.
Ils sont beaux, mes textes, ils sont beaux !
Et si ça vous plaît pas, vous pourrez toujours dire que c’était trop littéraire.
C’est l’excuse des gens qui ont peur de mâcher.













