Chronique d’un monde où l’on préfère être aimé que lu.

La bienveillance littéraire, c’est beau comme des chaises en similicuir après un repas de famille et la grand-mère dans la cuisine.
Ça colle un peu aux fesses, mais c’est pas grave.
Ça sent le café froid, la tarte molle et le compliment servi mal cuit, incapable de nourrir qui que ce soit.
On arrive avec un texte qu’on n’a pas lu ou alors seulement les trois premières lignes.
Assez pour repérer deux mots vaguement sensibles et faire semblant d’avoir traversé une expérience intérieure.
Puis on dépose son petit paquet de compliments. Comme le chien sur la moquette.

Magnifique. Quelle profondeur. Quelle profondeur, mon cul. Personne n’a plongé nulle part.

On a trempé un orteil dans la bassine d’eau froide de Rika Zaraï et on raconte qu’on revient de l’océan. Mais ça marche, parce que le but n’est pas de lire, c’est d’être vu en train d’aimer.

La bienveillance littéraire moderne n’est pas une vertu., c’est un marché aux saucisses de Francfort.
Chacun arrive avec son petit stand, ses phrases sous cellophane, son air inspiré, sa photo de profil bien propre, son vague traumatisme transformé en démarche artistique, et tout le monde se caresse dans le sens du poil avec des mains pleines de moutarde.

Tu me trouves bouleversant aujourd’hui, je te trouverai incandescent demain. Tu dis que mon texte t’a traversé, je dirai que le tien m’habite encore.
Personne ne sait exactement ce que ça veut dire, mais ça sonne bien, alors on laisse mariner dans le fond de l’évier.
C’est ça, la grande fraternité littéraire. Une brocante de compliments mous où l’on échange des saucissons affectifs entre gens qui préfèrent être aimés que lus.

Lire vraiment, c’est dangereux. c’est risquer de voir que derrière le grand rideau de velours, il y a parfois trois phrases bancales, une métaphore d’une exceptionnelle nullité et un ego en slip qui réclame des bretelles et des applaudissements.

Alors on ne lit pas vraiment. On survole dans les marges. On renifle l’odeur du papier. On commente et on met un cœur. On laisse une trace, comme un pet humide dans un slip, mais avec un commentaire bienveillant. Et on ne dit jamais qu’un texte est ridicule ou pauvre.

Malheureux, ce serait brutal, ce serait une violence morale.

Une agression contre la petite sensibilité artisanale de l’auteur, ce fragile pot de yaourt existentiel, ce Flamby tremblant dans une assiette trop grande qui vient de publier vingt-sept paragraphes sur son rapport au silence, à la lumière, au manque, à la pluie, au corps, au souffle et à la résilience de son grille-pain intérieur… STOP !

Alors, on applaudit, on encourage, on parle de courage et encore de résilience. C’est chic la résilience.

Aujourd’hui, il faut du courage pour écrire, publier, douter, pour avoir mis un point final à une phrase.
Bientôt, il faudra une médaille pour avoir ouvert un document Word sans pleurer dans son plaid en tricot.

Pendant ce temps, la vraie littérature attend dehors, dans le froid, les mains dans les poches, avec une clope au bec, un chapeau mou et l’estomac creux. Elle regarde ce petit bazar de flatterie intellectuelle et se demande à quel moment on a confondu écrire avec « se lustrer la chandelle ».

Parce qu’écrire, ce n’est pas venir chercher une petite médaille en chocolat aux amandes à la foire aux écrivains.
Ce n’est pas faire la queue à la soupe populaire de la reconnaissance littéraire et encore moins tendre son bol en disant : encore un peu de validation, s’il vous plaît, ma chandelle est morte et j’ai froid dans mon slip.

Écrire, c’est accepter qu’une phrase se casse la gueule dans le caniveau, qu’un texte sente le renfermé et la moisissure, qu’une idée soit plus molle qu’un camembert sur le tableau de bord de la bagnole garée au soleil. Mais dans la grande fromagerie littéraire, tout le monde sourit, like, remercie et encourage. Et les mots, les vrais, restent là, sur la table, gras, fatigués, en putréfaction, comme une tranche de jambon périmé.

Post-scriptum,
Le vrai monde, c’est également celui de ceux qui n’auront jamais aucun talent, mais chut !
Quelqu’un qui n’aime pas le mensonge et l’hypocrisie pourrait faire une publication très vulnérable sur la violence de ceux qui dévoilent une vérité qui dérange.

∼ ∼ ∼

Atypikal
Minerve
Céline
Lettres à une Inconnue
Dialogues d’Anima
Les Chroniques de Céline
Memento Mori
Atypikal
Memento Mori
Memento Mori
Céline
Encéphalo scriptique
The Good Life
Le Cercle

2024 – ATYPIKAL LIFE – 2026

En savoir plus sur Atypikal Life

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture